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le soulèvement (3) - tentatives

"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

EXPLORATIONS TEXTUELLES

EN COURS

[le soulèvement]

le soulèvement (3)

lundi 19 janvier 2015, par Christine Jeanney

Le grelot des mâts plane. Il n’y peut rien si sa musique attrape un peu d’enfance.
Une rue en arc de cercle qui change de nom en plein milieu. Une voie ferrée que cette rue tient par la taille. Une travée de cailloux tachés d’orange, tachés de noir, singuliers et semblables. Une pente d’herbe. Un marronnier d’Inde à feuilles larges dont on creuse la chair, l’ongle du pouce glissé entre chaque nervure pour créer des sortes de pattes d’araignée, insecte végétal, sortes de doigts d’une main squelette qui peigne l’air.
Le grelot des mâts siffle d’incompréhension. Dédaigne la trace de l’avion dans le ciel. Ligne unique changée peu à peu en vapeur.
Les bruits et les signes se nuancent. Empruntent plusieurs routes à la fois.
Ligne blanche dans le ciel, une griffe.
Il y a à peine trois heures, un raid de missiles balistiques, à peine trois heures, trois heurts, à peine trois jours, à peine quatre semaines, à compter de maintenant une permanence de rugissement en fond sonore. À peine, il y aura toujours à peine trois heures, la veille le matin tout à l’heure, riposte, état de confusion.
Lexique bruyant de ces bruits sans partage qui font se boucher les oreilles, là-bas, qui tailladent le ventre de gel glacé, sueur aux tempes, là-bas, et aérienne la ligne blanche, là-bas, désireuse d’un départ, nouveau départ, symbolique de rêverie, d’autres rêveries là-bas, d’autres sueurs là-bas, plusieurs routes à la fois, où vont les bruits.
Même les bruits du rire n’amènent pas que les bruits du rire, nuances de tailles, d’entailles, amènent l’effroi, le rire des assassins presque pire que l’assassinat. Les bruits ni stables ni universels.
Là-bas où vont les bruits.
Où vont les bruits ici.
Une escalade – le maintien au pouvoir –, leurs secousses mal définies, les ondes qui suivent, imprévisibles – 12 morts dans le bombardement d’un bus – séparatistes –, comme les doigts déchiquetés des feuilles.
L’insecte rampe, creuse des galeries sous la peau, des sillons dans les zones urbaines.
Au loin, l’enfant lâche la main. Il s’obstine à courir.
Sa mère le happe juste avant l’eau. Il se débat. Une fois au sol, il tire sur le bras qui le maintient, tout son corps en balance crie non.
Des non se multiplient dans l’air, ils se fraient une place au milieu des atomes. Nés de très loin, peut-être. Peut-être qu’ils s’arrachent à la lumière fossile. Ils viennent, ils irradient chaque noyau, se fondent dans chaque cellule vivante.
Elle voit un non – peut-être celui-là, peut-être un autre – articulé clairement.
Elle le voit s’élever. Elle le voit ricocher sur les aplats métalliques. S’aligner au mât du drapeau. Monter devant la colonne de l’horloge cernée de mouettes et les accompagner.
Toutes en altitude font virage, longent les verticales pour venir plus près d’elle, et plus bas, leur interrogation au bec. Toutes perturbées par ce non sans instance venu se réfugier, respirant mal, dans un repli à l’intérieur de deux tubes de métal que le sable découvre, recouvre. Un non très vieux. Un non peut-être sans adresse. Pris au milieu des grains de sable. Sombrant avec eux, sous eux, au milieu d’eux. Comme eux, privé de lumière pour un temps indéterminé – une explosion, deux claquements, trois heurts, trois jours, quatre semaines – pour toujours ou quelques secondes. À chaque fois qu’elle bouge, le sable bouge.


le soulèvement (1)
le soulèvement (2)
le soulèvement (4)

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