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le soulèvement (6) - tentatives

"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

EXPLORATIONS TEXTUELLES

EN COURS

[le soulèvement]

le soulèvement (6)

dimanche 25 janvier 2015, par Christine Jeanney

Elle pose des questions. Mais ne module pas sa voix pour le montrer, car ce n’est pas la peine. Le nombre de questions s’accroit, s’étend, finit par recouvrir ce qui est constaté, les containers rouges, la brume devant le silo argenté, la plante coincée en bordure de parking, ses feuilles couvertes de duvet, la toile verte déchirée qui empêche les mauvaises herbes.
Parmi les forces imperceptibles, pesanteur et gravitation, elle se dit qu’il y a la force des questions. Elle ne saurait pas dire exactement, quelles données scientifiques, quelles études sur quels corps et dans quelles conditions, quelles réactions s’ensuivent. Elle se dit que souvent l’émetteur et le récepteur s’inverse. Parfois tout concorde pour l’interroger. Ou parfois tout assène, elle qu’on force aux questions en retour.
Elle se demande si c’est bien elle qui pense.
Elle se demande si c’est un cormoran au loin. Si les oiseaux font demi-tour. Si on peut éviter, une fois rentré à l’intérieur des terres, de répondre. Et réussir. Elle a la place de se poser cette question devant la mer, car c’est un endroit stable, on peut s’y déplacer.
Des languettes de vagues encore timides remontent le long des bâches, encerclent l’endroit où les couteaux sont plus nombreux qu’ailleurs, leur imbrication sombre, étonnante, sur une couverture de coquilles noires greffées de petits blocs crayeux. Elle pose les pieds en travers des bourrelets de sables pour enjamber les rigoles de mer froide, les filets inconstants, inventifs avec lesquels composer pour rejoindre l’endroit désiré qui, une fois qu’elle y est, a entamé sa marche subtile, se déplaçant de plusieurs mètres, l’encourageant à traverser encore d’autres bourrelets pour découvrir ce qui n’était ni visible ni prévisible, un tesson bleu, un bouchon de liège arraché près d’un bout de ficelle orange, une nacre sculptée par strates. Elle écrase les petits monticules sinueux étagés, comme des rizières en terrasses à échelle lilliputienne. Elle regrette d’y marcher, ne se retourne pas pour voir ses pas. Les traces d’écrasement la gênent, comme si elle abîmait la surface de la lune. Qu’elle détériorait des cratères vieux de mille millions d’années, qu’elle détruisait avec sa maladresse, humaine, innée, l’image radieuse et unique de la lune.
L’intérieur des terres grouille de cratères aussi, c’est elle qui s’y abîme. La position du corps, l’acquiescement, et même l’indifférence, donnent des signes de réponses à fournir, que ce soit volontaire ou pas, camps, jugements, choix, zones, alinéas, inculpations, refus, on réaffirme. On fait part d’un communiqué, on témoigne, on menace. On se réunit en urgence pour approuver, pour dénoncer l’indéfendable qui se déplace de quelques mètres, en marche muette, une dérive constante, instable. Il faut être fou, c’est ce qu’elle se dit, ou très triste pour réfléchir loin de la mer.


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