"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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TENTATIVES DU MOMENT //

[journalier]

journalier 25 11 15 / nez collé contre

mercredi 25 novembre 2015, par Christine Jeanney



- arrive le temps où tout pourrait s’écrire, l’aile d’une feuille déchirée collée sur le mur jaune, en haut, et qui ressemble à un lambeau de libellule, et à hauteur des pieds sur l’autre mur des ossements, comme un saint suaire travaillé à l’éponge avec une structure d’arbre, fleurs et tibias, et en face les patientes coulées vertes aux angles des rebords de pierre, suintantes, un vert piqueté de caillots sombres en lutte contre le blanc dur des volets à pliures noires et grises rabattues l’une sur l’autre, au sol les gouttes, immobiles, prises sur les pavés comme dans l’ambre, elles semblent posées là, éternellement, se sachant pourtant éphémères mais l’ignorant volontairement – le temps d’une goutte n’est pas le nôtre –, tout à la vie, et toutes rondes, tout peut s’écrire à hauteur des yeux et de soi, nez collé contre, tout peut s’écrire et se toucher (ou s’écrire en touchant, ou les deux inversés et sans chronologie), mais ce temps s’élargit d’une nouvelle aptitude, d’être si près, en écrivant, on prend de la distance (une distance feinte car on n’a jamais été aussi près en même temps que jamais aussi loin, insaisissable), un temps en expansion qui s’allonge sur le sol et s’élève bien droit, longeant les murs et les carcasses de dérives, bois entaillé, ou bien le mastic frais, rénovations, plus ce temps monte et plus on se rapproche, échafaudage permanent, d’une construction qui doute mais qui insiste, prise dans son doute comme dans une embarcation, et la destination n’est pas de mise, pas importante, non plus que le voyage (ce qui contredit le proverbe), car c’est être, être tout à la vie, qui compte
- là-haut un homme domine toute la ville derrière un filet à peine transparent (une ville transfigurée, car augmentée de l’altitude et du reflet trompeur), un homme répare une fiction ou en créé une, c’est sa façon d’écrire





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