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Oblique - tentatives

"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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Oblique

mercredi 10 février 2016, par Christine Jeanney



(pour se procurer Oblique suivre ce lien)
- Oblique version papier offre en fin d’ouvrage, un QRCode permettant le téléchargement gratuit de sa version numérique.
- les deux versions sont différentes. C’est le même texte, mais accordé à la spécificité de son support
version numérique :

en fin d’epub une bande son, Avec Oblique, réunit les musiques présentes dans texte

version papier :


« Préface

L’écriture du passé est une voix oblique. S’asseoir à côté de quelqu’un qui raconte en un souffle les trajectoires familiales, et c’est tout un flux d’images et de paroles qui se déploie, non pas à la vitesse de la lumière mais à la vitesse de la mémoire. Une mémoire qui, comme la fibre optique, va dans toutes les directions à la fois. Christine Jeanney est ici en prise vive sur le temps.
Lire ce livre c’est l’écouter à voix haute, même en silence. Oblique est dit dans une langue bifide qui fractionnera la page en deux tout du long. La langue alors mène sa barque de part et d’autre du rivage (« mes mains sont allées dans le Styx »), d’une colonne à une autre, d’un bord de page à un autre, pour revivre le périple d’Orphée aux Enfers. L’injonction du mythe, ne te retourne pas, plongée dans l’écriture deviendra la contrainte d’où émerge l’élan du récit. Le son et la musique sont partout, sous la langue, sous le texture, dans l’écho des paroles et le rythme des pas. Ce sont des airs qui plissent dans le craquement des sons en vinyle (la mémoire tient dans ces craquements-là), ce sont des bouts de symphonies, de valses, de concertos qu’on entend bien souvent dans la distorsion qui malaxe les rêves : c’est la musique du passé.

« il y a quelqu’un, ce n’est ni une
fiction ni une question de séduction,
quelqu’un parle, quelqu’un a quelque
chose à dire, un écart qui
s’effectuerait vers le centre / »

Écrit à l’origine comme un texte en fragments, propulsé sur le web comme une création sonore en plusieurs appendices, notamment sur le site de l’aiR Nu, Oblique a poursuivi sa mue et son incarnation en livre passe par la continuité du flux, le rouleau déroulé. Il n’y a pas de pause possible quand le flux du passé (« une plante aux tentacules tenaces ») trouve sa source dans la bouche de quelqu’un, ce « quelqu’un assis à côté de moi et qui parle » qui balise et inspire le récit. Où sommes-nous ? Nous ne sommes pas dans un lieu géographiquement déterminé, nous ne sommes pas dans une époque donnée, nous sommes là dans l’écoute.

« Il faudrait écouter longtemps le
violoncelle, avec lui d’autres, très
nombreux, et qu’ils s’assemblent,
qu’ils caressent les murs à voix basse,
longuement, qu’ils offrent toutes les
nuances, vapeurs fauves, grâces
tremblées, qu’ils tordent et reprennent
les rêves au tout début pour en tenir
les suites, qu’ils cajolent les fronts,
soulagent les paupières, tant de murs,
tant de temps, longtemps les écouter,
sinon comment faire sur cette terre
qui chute pour être consolé. »

« Comme le désir sexuel, la mémoire ne s’arrête jamais », écrit Annie Ernaux dans Les années. « Elle apparie les morts aux vivants, les êtres réels aux imaginaires, le rêve à l’histoire. » L’oblique est un regard que l’on jette derrière soi, à un moment donné, pour pouvoir repartir. La mémoire est notre béquille. Cette voix en nous-mêmes prête à conter la légende familiale et les drames du passé, l’écho des souvenirs, le staccato du flux photographique, nous la portons car « il reste des séquelles des autres corps » en nous. Oblique est l’un de ces livres qui savent à la fois fragmenter la mémoire comme les petits morceaux aimantés de Ligeti et lui donner l’élan du souffle unique, la tension tenue d’une injonction : ne te retourne pas.

« Je n’ai pas raconté d’histoires. La vie
est un fouillis qui tourne en tenant sur
son cœur un morceau de la valse de
Sibelius, parfaitement triste et
parfaitement inimitable. »

Guillaume Vissac »


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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

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