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petite cosmogonie du papier bleu - tentatives

"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

TEXTES

EN COURS

[les petites cosmogonies]

petite cosmogonie du papier bleu

mercredi 7 septembre 2016, par Christine Jeanney



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J’ai pensé (...)
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Je lis la correspondance (...) avec [vidéolecture]
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Il a dit « J’ai fait un drôle de rêve (...)
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La-gestuelle (celle qui ne sait pas parler sans faire de gestes, et vraiment on la contrarierait beaucoup si on lui attachait les mains, elle sous-titre tous les mots qu’elle prononce, loin et sa main s’éloigne, grand sa main monte, compliqué sa main suit la courbe hasardeuse d’une fumerolle) parle écossais et français.
Elle aussi sans souffrir du passage d’une langue à l’autre, mais avec un accent, comme si elle ne pouvait que tordre la prononciation, autoritaire, tout comme elle ajoute autoritairement des gestes à ce qu’elle dit. Elle a besoin de maîtriser. Assis en rond, une assiette sur les genoux et un verre à proximité, ils ont tous besoin de maîtriser, mais ils ne veulent pas tous maîtriser les mêmes choses.
Le-chemise-à-carreaux veut maîtriser les enfants qui montent sur les fauteuils et écrasent des cookies sous leurs fesses. Gigi veut maîtriser son rire en gardant les épaules serrées. La locataire du 1er veut maîtriser les touristes qu’elle promène, surtout ceux qui lui posent des questions auxquelles ils sont certains qu’elle doit savoir répondre (liste des races de vaches normandes, dates de construction de transepts et tympans, chronologie des guerres, descendance de la Reine Mathilde), elle lit énormément et elle apprend par cœur. La police de Milwaukee maîtrise les manifestants, et les pompiers de Milwaukee les flammes qui s’échappent de voitures ventres à l’air. Les hélicoptères récupèrent et diffusent des images de foules fantomatiques, vues saccadées proches du noir, du gris, avec les vêtements surlignés de violet et de jaune à cause des gyrophares et du feu.
Dans une brocante, des cartons sont posés sur le sol (près de la mer, mais ça ne se voit pas). « Nous ne sommes pas brocanteurs » insiste la dame qui propose d’offrir des patrons de broderies du X1Xe siècle, parce qu’on parle de quelqu’un qui peut-être les aimerait. Au-dessus d’un des cartons qui débordent de papiers, une feuille bleue dans une pochette transparente, la date 1921, rédigée à New York, « request », « protest », « The Chase National Bank ». Et collés dans la partie haute, comme agrafés sans agrafe, trois papiers plus petits, un rose, un saumon, un bleu pâle : « Guaranty Trust Compagny of New York », « Crédit Lyonnais – Paris », et un chèque du 24 août 1921 de deux cents dollars. Il y a la signature de l’huissier (F. Angeloch), 60 Broadway. En septembre la même année, le Paris arrive du Havre avec 1953 passagers (mais est-ce qu’Angeloch le verra accoster ?).
Vingt ans après ce paquebot brûlera et chavirera, avec sa salle de cinéma, son dancing, son café en plein air, sa longue promenade, ses cabines de 1ère classe toutes équipées de téléphones, son fumoir décoré d’un panneau, Le Jardin du Luxembourg. Tirer sur un fil mène à un point déjà connu, déjà parcouru, avec des statues bien sages et faussement grandiloquentes, des ânes et des enfants, et des cerceaux, et la rue toute proche où habite mon grand-père, et il y a d’autres fils qui s’y mêlent, ça n’est jamais fini. C’est foisonnant. C’est une marée qui ne désemplit pas, les mille neuf cent cinquante-trois passagers descendent en continu puis recommencent, car les fils forment des nœuds et reviennent sur leur pas, sans reculer, car ça ne recule pas, c’est en mouvement. Ça traverse des océans, ça construit des ponts temporaires d’un port à une note bleue dans un carton près de la mer (au nord ils vont construire un mur de quatre mètres de haut pour faire semblant de croire que ça peut être éteint, être stoppé, ce vouloir vivre, c’est fou comme ils ne comprennent pas, fou comme ils ne voient pas. Ils sont comme des statues aveugles qui dégringolent en écrasant des corps).









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