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"Quels sont les mots qui vous manquent encore..." Audre Lorde - tentatives

"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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"Quels sont les mots qui vous manquent encore..." Audre Lorde

jeudi 27 avril 2017, par Christine Jeanney



« Quels sont les mots qui vous manquent encore ? Qu’avez vous besoin de dire ? Quelles sont les tyrannies que vous avalez, jour après jour, et que vous essayez de faire vôtres ? Peut-être que, pour certaines d’entre vous, ici, aujourd’hui, je suis le visage d’une de vos peurs. Parce que je suis femme. Parce que je suis noire. Parce que je suis lesbienne. Parce que je suis moi, une poète guerrière noire qui fait son boulot, venue vous demander "et vous, est-ce que vous faites le vôtre ?"
Nous pouvons nous asseoir dans notre coin, muettes comme des tombes, pendant qu’on nous massacre, nous et nos sœurs, pendant qu’on nous défigure et qu’on détruit nos enfants, pendant qu’on empoisonne notre terre.
Nous pouvons nous terrer dans nos abris, muettes comme des carpes.
Mais nous n’en aurons pas moins peur. »
(fragments de The Transformation of Silence into Language and Action entendus dans Une vie, une oeuvre, Audre Lorde)


Une litanie pour la survie


Pour celles d’entre nous qui vivent sur le rivage
debout, sur le dur rebord de la décision
cruciale et seule
pour celles d’entre nous qui ne peuvent pas s’abandonner
aux rêves fugaces du choix
qui aiment dans l’embrasure des portes, allant et venant,
aux heures d’entre deux aubes
regardant à l’intérieur et à l’extérieur
à la fois avant et près
cherchant un maintenant qui pourrait engendrer des futurs
comme le pain dans la bouche de nos enfants
pour que leurs rêves ne reflètent pas la mort des nôtres.

Pour celles d’entre nous
sur qui on a imprimé la peur
comme une ligne fine au milieu de nos fronts
une peur apprise dans le lait de nos mères
car par cette arme
cette illusion d’une certaine sécurité à trouver
les pieds lourds espéraient nous faire taire
Pour nous toutes
ce moment et ce triomphe
Nous n’étions pas censées survivre.

Et quand le soleil se lève nous avons peur qu’il ne reste pas
quand il se couche
qu’il ne se lève pas le lendemain
quand notre ventre est plein nous avons peur
de l’indigestion
quand notre ventre est vide nous avons peur
de ne plus jamais manger
quand nous sommes aimées nous avons peur
que l’amour disparaisse
quand nous sommes seules nous avons peur
que l’amour ne revienne jamais
et quand nous parlons nous avons peur
que nos mots ne soient pas entendus
ni bienvenus
mais si nous nous taisons
nous avons toujours peur

Il vaut donc mieux parler
sachant que
nous n’étions pas censées survivre.

Audre Lorde

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

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