"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

LECTURES

"Mais jamais personne", Walter Benjamin

dimanche 1er juillet 2018, par Christine Jeanney



Rue à sens unique , Walter Benjamin,
éditions Allia, traduction Anne Longuet Marx



« [...] Mais jamais personne ne doit faire sa paix avec la pauvreté, lorsqu’elle tombe comme une ombre géante sur son peuple et sur sa maison. Il lui faut ensuite tenir ses sens éveillés à chaque humiliation qu’il reçoit et les discipliner jusqu’à ce que sa souffrance ait ouvert la voie non plus à la rue en déclivité du chagrin, mais au sentier montant de la révolte. Toutefois ici, il n’y a rien à espérer aussi longtemps que le plus terrible et le plus sombre des destins, dont on discute chaque jour et même chaque heure dans la presse et que l’on expose dans toutes ses pseudos-causes et conséquences, n’aide personne à reconnaître les puissances obscures dont sa vie est devenue esclave. »


« La force d’une route de campagne est tout autre selon qu’on y chemine à pied ou qu’on la survole en aéroplane. Ainsi diffère également la force d’un texte si on le lit ou si on le copie. L’aviateur voit seulement comment la route se propulse à travers le paysage, elle se déroule sous ses yeux suivant les mêmes lois que le terrain qui l’entoure. Seul celui qui chemine sur la route prend la mesure de son emprise et réalise comment de ce terrain qui pour l’aviateur n’est précisément qu’une plaine déroulée, elle fait surgir, sur ordre, des lointains, des belvédères, des clairières, des perspectives à chacun de ses tournants, tel l’appel d’un commandant fait sortir les soldats du rang. Ainsi seul le texte copié commande l’âme de celui qui en est occupé, tandis que le simple lecteur n’apprend jamais à connaître les nouveaux aspects de son intériorité, comme les ouvre le texte, cette route à travers la forêt vierge intérieure s’épaississant toujours et encore ; [...] »

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

Messages

  • l’évidence triste du premier paragraphe
    l’exigence impressionnante du second (ne plus pouvoir écrire même avec modestie)

  • Oui, copier un texte (par exemple de Benjamin) apprend à lire... ce qui a vraiment été écrit et permet de se mettre - presque - dans la tête de celui ou celle qui aligna les mots les uns après les autres.

    Quant à la pauvreté, jamais une cérémonie mise en scène au Panthéon - l’organisateur se prend sans doute lui-même pour un grand homme - n’effacera la réalité des bateaux bondés avec des réfugiés qui se fraient la route vers des pays fermés car égoïstes, malgré les belles phrases proclamées sous le soleil.

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