"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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journalier 11 01 19 - "En traversant ton corps. C’est toujours de la copie"

vendredi 11 janvier 2019, par C Jeanney



- parfois je m’envoie par mail des liens vers des pages / des thèmes que je veux creuser
- mon courrier affiche "moi" comme interlocuteur, ça me pose question
- aussi le fait que lorsque j’entre mon adresse mail pour m’écrire et que je tape les premières lettres sur le clavier, ce n’est pas mon nom qui apparaît tout de suite, mais le nom de deux autres destinataires, un que je ne connais pratiquement pas ou peu, un autre dont je sais pas qui il est, ça aussi il me semble ça pose question
- deux livres vont bientôt sortir, fin janvier celui-là [1] et plus tard celui-ci [2]
- en préparant la présentation de celui-ci j’ai réalisé à quel point il est en lien avec celui-là, c’est l’expression "chambre d’écho" qui me l’a fait comprendre, dans celui-ci je tente d’être la chambre d’écho d’un lieu en notant ce que j’y reçois (sensations, constats, lectures), dans celui-là je me place en retrait (un peu comme si, barbapapa, je me laissais pousser un fil électrique et que mon corps se carénait pour devenir la boîte lourde, noire et grillagée, d’un haut-parleur)
- l’idée de barbapapa n’arrive pas par hasard, je me souviens enfant d’être étonnée en regardant leurs masses devenir des contenants, maisons, piscine, bizarre qu’un personnage puisse entourer, envelopper d’autres personnages mais sans les avaler, sans violence cannibale ni prise de pouvoir, ces entités se transformaient pour protéger, ou conserver (bouclier, abri, parc pour enfant)
- si cette idée barbapapa n’arrive pas par hasard, c’est peut-être que "ma grande affaire" (comme dirait Gilles D.) est de conserver, de devenir haut-parleur d’archivage
- le premier texte que j’écris (en 1812, juste après la retraite de Russie) fait la même chose : protéger, conserver, archiver les tableaux d’une exposition qui forment la chambre d’écho d’un peintre
- faire toujours la même chose, n’écrire qu’un seul livre, oui, mais sans le savoir, en réglant les capteurs, une table de mixage étrangement constante même si les sons semblent différents à vue de nez (d’oreilles)
- ce soulagement hier en faisant une vidéo-lecture d’avoir l’idée de ne pas utiliser ma propre voix lisant mon texte (un extrait de YODLT) mais une voix synthétique, mécanique : une façon de transformer ce que je dis, d’opérer un écart, en faisant passer mes phrases dans la moulinette synthétique d’une voix autre pré-enregistrée, je me barbapapise, je me transforme en haut-parleur, chambre d’écho
- ou bien, mieux que le verbe "transformer", je devrais mettre le verbe "assumer", ce qui pourrait sembler être contradiction, assumer d’être soi en ne parlant pas avec sa voix
- comme si le fait de remplacer ma voix par une voix anonyme était le meilleur moyen d’occuper la place du "moi" qui reçoit ces mails ("souviens-toi", "regarde ceci", "intéresse-toi de plus près à") et dont je dois choisir de qui il s’agit parmi plusieurs propositions de correspondants (c’est compliqué, cette clarification brumeuse) (c’est l’idée d’être soi tout en se désoitant) (le désoitement est un concept qui mériterait d’être doté d’un substantif un peu plus élégant que "désoitement", qui ressemble vaguement à "déboîtement", et ce qui est déboîté est soit peu viable, soit un peu ridicule)
- sans doute pour ça aussi qu’en ce moment être une "chambre d’écho" me semble si douloureux, à cause de ces confrontations irrésolues et non solubles dans la douceur facile des divertissements constants ("aie confiance, crois en moi", comme disait le serpent Kaa)
- ça pose question, qui on est et comment on entend ou répond, par quel fil
- c’est hier aussi que j’ai lu, sur Poezibao, des phrases de James Sacré
N’importe quels mots c’est bon, tu peux tout recopier
Comme fait le peintre Chaissac, c’est
Nouvelles du monde et matière
A ses lettres qu’il envoie, et que répondre
Ça n’a pas d’importance.
Bout de papier journal pour envelopper un achat,
Ou le courant continu de la parole
Qui va de l’enfance à la mort
En traversant ton corps. C’est toujours de la copie
La poésie

- le titre de l’article "James Sacré, Figures de silence"
- ça dit bien que les lignes entre silence, écho, parole, ne sont que sont tracées dans le sable (et ça pose question cette mouvance)
- "transformer" est un drôle de verbe, on part d’un état a à l’état b, mais l’état b n’est pas forcément la réponse à a, c’est peut-être une autre question posée
- ou c’est le terme "révolution" qu’il faut creuser, un tour entier qui revient à son point initial, quand le a et le b sont h2o, glace liquide gaz, soit le même composant, soi (= assumer, donc)
- "on fait les fous" dit la chanson de Ricet Barrier (?) (un prénom et un nom qui ressemblent furieusement à un anagramme) (mais de quoi ?)


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