"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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journalier 27 01 19 - orgè

dimanche 27 janvier 2019, par C Jeanney



- on est ce que l’on mange, on est ce que l’on boit, on est ce que l’on écoute, on est ce que l’on regarde, on est ce que l’on ressent, on est ce que l’on exprime, c’est ce qu’on dit
- on est colère et frustration, une alimentation acide
- il n’y a en français qu’un seul terme pour nommer la colère, terme qui provient du grec kholè signifiant la « bile », la colère étant donc conçue dans notre langue comme l’échauffement de cette bile. Le grec, plus riche lexicalement, propose deux mots pour rendre compte de la dualité de cette passion : orgè et thumos. Orgè renvoie à une sorte de colère légitime face à une situation jugée scandaleuse ; orgè traduit la puissance de l’âme forte qui se refuse à rester passive devant le désordre, la démesure, l’hybris
- alors qu’est-ce qu’on est quand on est en colère, laquelle, dans quelle langue
- La colère est nécessaire ; on ne triomphe de rien sans elle, si elle ne remplit l’âme, si elle n’échauffe le cœur ; elle doit donc nous servir, non comme chef, mais comme soldat, selon Aristote
- Sénèque lui répond : pas du tout body, Les hommes sont nés pour une mutuelle assistance ; la colère est née pour la destruction commune
- mon père disait Pose-le sur la table on va le démêler, quand quelque chose était compliqué à comprendre
- c’est vrai que ce serait pratique de poser la langue sur la table, bien l’étaler, la déplier, lisser les plis, examiner l’envers l’endroit, gratter les endroits rugueux pour mieux en saisir la texture, langue tissu, se rendant compte dans le même temps que d’autres étalent sur leur table leurs propres langues, les déroulent, différents décors, d’autres tissages à frotter, dont il faudrait tester la résistance — non pas que c’est fragile une langue, mais ça rassure de vérifier que son corps est puissant —, et puis de voir les autres avec leurs tables et leurs langues parlées ça calme ou ça éclaire, kholè, orgè, thumos, hybris
- un écrivain est mort — que je ne connaissais pas — une écrivaine lui rend hommage en citant un des ses livres, un passage en particulier, où l’écrivain mort complimente l’écrivaine vivante — je rends hommage à son hommage, pourrait-elle dire — ’c’était quelqu’un de bien qui disait que j’étais quelqu’un de bien’ — c’est comme la vache qui rit avec des boucles d’oreilles où se reflètent la vache qui rit avec des boucles d’oreilles — finalement on ne voit que la surface des choses, on ne peut entrer en contact avec l’autre que par de minces passages et l’ego bouche la vue parfois
- finalement on ne voit, des colères, que leurs surfaces, kholè, orgè, thumos, hybris, tout comme on ne voit que la surface des objets — il y a cette série tv où plus personne ne peut monter au paradis car tous les actes, mêmes les meilleurs, sont entachés de laid — acheter un téléphone fabriqué avec le travail à la mine d’enfants, s’enrouler dans un plaid tissé par des mains esclavagisées — c’est à se demander comment va évoluer le scénario de cette histoire, comment tous et toutes nous sauver tu vois, et comment retrouver les colères bonnes, celles du pote Aristote — une enfant dit ’I don’t want your hope. I don’t want you to be hopeful. I want you to panic’ — aussi pour ça qu’on ne va pas souvent sous la peau des choses, parce que c’est si profond qu’on tombe
- d’ailleurs, quand on regarde bien l’estampe — trouvée en cherchant "colère" sur Gallica — , le bras se lève mais il n’a pas encore gagné — la colère pour vaincre la colère ?
- la tête du lion est un régal, c’est ce que je garde (je ne sais pas ce qu’Aristote en penserait) — il est bonasse et concentré, investi presque, comme s’il répondait je suis là
- Bourdieu parle des goûts, du bon goût qui n’est qu’un dégoût inversé (je résume, sans doute que je caricature) — en haut de l’échelle sociale, le bon goût, c’est aussi celui de ne pas étaler d’émotions sur la place publique — ça ne se fait pas — alors, quand la colère sort dans les rues, ce n’est pas la colère d’en haut (gens de bon goût), scandalisés que la terre coule
- la crinière du lion me plaît bien (le titre d’une aventure de Sherlock) et son corps comme tissé, son air renfrogné et buté, faisons ce qu’il y a à faire dit-il — dans mon cas tricoter — on est ce que l’on fait — c’est ce qu’on dit



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Messages

  • belle attitude du père, mais démêlant les causes il faut tenter de ne pas les re-emmêler d’autres façons en cherchant à les creuser
    d’autre part si on ne scrute pas ses actes on passe à côté de ce qu’on fait de mal en voulant faire du bien
    petitement m’en sors en tentant de ne pas sombrer dans la colère quand suis en cause, mais de me mettre en colère quand on attaque autres, faibles (je dis tenter de, sourire) et de suivre ce que l’on pense le plus juste sans grande illusion
    bon tu dis mieux

  • Dies irae
    Désirer

    La colère feinte même les puissants (ceux qui se croient ainsi).

  • J’aime aussi beaucoup ce lion bien campé dans sa colère et déterminé. ça me rappelle la figure du tigre en Qi Gong qui exprime aussi la colère, mais une colère bien posée et rassemblée. Douce et griffue comme les grosses pattes du tigre.. La nier est une folie, ne voir que par elle en est une autre... Bon tricotage de mots et de laine.

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