"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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frontière

samedi 3 novembre 2012, par Christine Jeanney

Dans les villes où nous nous arrêtons à cause d’un feu rouge, j’espionne une balançoire dans un jardin, je ne sais pas lire le nom sur cette boîte aux lettres, je suis trop loin ou trop petite, et la fenêtre au premier, c’est la chambre d’une fille comme moi, rideaux roses, autocollants de papillons, est-ce qu’elle, elle peut aller faire du vélo dans la rue toute seule ? Et si j’habitais juste en face, est-ce qu’elle deviendrait ma copine, la meilleure, ma préférée ?

Puis viennent les pentes et les virages dans l’air devenu soudain frais. Les sapins hostiles me cachent le sol en contrebas, il y a peut-être un ruisseau, un torrent, personne ne sait. Aucun animal ne peut me suivre, à cause des panneaux « chutes de pierres » qui impressionnent.

Puis à l’hôtel, nous allons dormir, ou faire semblant, à cause du bruit des moteurs qui continue, à cause des jeux de lumières à travers les volets qui ne sont pas à nous.

Demain, je serai réveillée très tôt par Maman et un inconnu me préparera un chocolat chaud qui mousse beaucoup. La ville sera engourdie quand nous partirons vers le tunnel. Je demanderai plusieurs fois C’est loin encore ? sans vraiment écouter la réponse.

Des barrières et des uniformes nous glaceront de respect – j’ai gardé cette peur des hommes en tenue – ils nous donneront le droit de traverser la montagne, voûte de béton, lumière électrique, radio éteinte, distances de sécurité.

Attention, dira Papa, on y est. Nous lèverons tous les trois la tête vers le panneau, celui qui dit le milieu du Mont Blanc, et la frontière, on la passera comme ça, en roulant. Ensuite je croirai pendant plusieurs kilomètres apercevoir une ouverture en arc de cercle vers le dehors, mais je ne serai pas sûre, c’est un si long tunnel.

Et puis nous sortirons, le bleu du ciel très bleu, les maisons autrement, les mots en italien, et sur le tissu jaune du drapeau de la station service, un dragon cracheur de feu de profil, rien n’est pareil.

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