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"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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journalier 20 12 2020 - la fin

dimanche 20 décembre 2020, par C Jeanney



- les petites cosmogonies n’ont pas de fin et ce n’est pas un pis aller
ni une impossibilité de finir (finir est pourtant impossible, parfois, souvent, peu importe)
je traîne ça depuis yodl, l’idée de faire quelque chose qui ait une forme non circonscrite (non létale) et qui ne soit pas d’emballage poésie
- la poésie, c’est admis, par sa forme-fond est capable d’affirmer un tempo précis, temporel ou atemporel (un jour ou l’autre pense à ceux qui tous ont laissé leurs noms gravés auprès des nôtres) et que la fin n’y soit pas enfermée, fin point d’orgue ou fin pulsation étincelle vite envolée
(parce qu’on est entités fugaces, toutes et tous)
- mais pour le récit on l’admet moins (je dis récit mais tu peux faire sélectionner couper et remplacer parce que tu auras sélectionné copié roman biographie pamphlet utopie uchronie chronique essai etc)
je veux dire que c’est une construction toute particulière
de comprendre à la fin
de ne comprendre qu’avec la fin
ou par la fin
- très hugolien d’ailleurs avec la dernière phrase qui tonne (traditionnel)
ou très rostand à la fin de l’envoi je touche
ou très nouvelle académique, on reconnaît une nouvelle française classique à ce qu’elle a une fin (qui fait morale, qui fait pied de nez, retournement ou conclusion, bref une fin en forme de fin) ce qui est moins le cas aux zamériques
- mon pari (challenge projet, vois comme le managérial linnegouèdge rentre par les pores de soi, on pense que c’est déco, purement déco, pardon mais il faut récurer, récurer, comme on récure le vert sur les joints de la douche)
mon pari, zut non, mon obstacle à franchir, mon échelle à grimper c’était ça dans les petites cosmogonies, fabriquer un truc qui suive la ligne d’un bras agité (doucement, énergiquement, colériquement, tendrement aussi) et qui refuse carrément l’injonction de fin, l’adjuvant fin, l’adjudant fin
- ce n’est pas par peur de la fin
c’est que fin c’est aussi finalité
la fin (de l’envoi je touche, la fin de conclusion, la fin qui résonne, la fin qui résume ou qui moralise, la fin qui donne une identité façon code barre ou ticket de caisse) la fin nomme l’entièreté de ce qu’il y a eu avant
et donc le réduit à
le civilise
le désinfecte
le rend absorbable digeste
- le souci c’est qu’un truc mal fini est communément considéré comme raté
(pourquoi ? va voir un peu ce qui est considéré communément comme réussi tiens)
j’aime bien considérer les (donner de la considération aux) ratés approximation griffures taches sur les doigts carrelage fêlé froissements points de rouille j’aime les ratés
ce n’est même pas la question de l’écrire-pauvre ou de l’écrire-humble ou de l’écrire-transparent en lutte contrer les écrire-bling-bling, non ce n’est pas ça
juste j’aime les ratés pétarade, l’imparfait, les trucs qui se viandent, les coloriages où ça déborde
- et puis la fin, je ne sais pas où ça finit moi une sculpture de c claudel ou une toile de f kahlo, tu avoueras que dans certains cas la fin déborde du cadre ou de la matière
- la question de la fin c’est du muscle
s’agit de lutter contre son propre cerveau
rien qu’ici sur ce site, dans la catégorie journalier j’ai l’impulsion (contre moi) de "finir" ce billet du jour
un réflexe mécanique, un peu comme on ramasse les miettes sur une table, que ça fasse propre
- j’ai essayé avec les petites cosmogonies que ça fasse propre sans ramasser les miettes, est-ce que tu vois ?
- si tu veux lire les petites cosmogonies en soutenant financièrement une maison d’édition pirate c’est
et si tu veux les lire à l’œil
enfin pas à l’œil mais aux yeux
un œil qui bouge ici
un œil statique ici
- je suis allée marcher près de la roue à eau et ce n’est pas une métaphore, il y avait l’ombre des arbres aussi réelle que les arbres eux-mêmes, pas métaphore non plus, et pourtant on pourrait dire qu’on ne voit que les ombres qu’on prend pour certitudes, le mythe de la caverne, tu vois l’idée








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Messages

  • moi aussi j’aime "j’aime les ratés pétarade, l’imparfait,"
    d’ailleurs il n’ya qu’une vraie fin, à préparer soigneusement pour qu’elle soit sans traces... sais toujours pas comment
    et puis il ne faut pas que nous perdions espoir d’avoir un peu de toi écrit à déguster

  • André Hardelet, cette merveille - j’ai bien compris que la fin n’en était pas une - mais je ne suis pas encore allé lire tes cosmogonies - mais il y en aura une quand même (comme à ce commentaire) et c’est sans doute aussi pour la conjurer qu’on essaye d’en faire une (il y en a toujours une) (on a l’oeil statique mais pas l’index qui fait tourner la petite roulette sur la petite souris) (je me demande en y repensant si ce ne serait pas "auprès DU nôtre" que "des" - j’aime bien cette chanson Patachou aka Henriette Ragon, pas mal, Béart le Guy (c’est de saison) moins) (et c’est quand même pas mal de terminer quelque chose je veux dire on peut aussi passer à autre chose) (j’entends bien le geste des cosmogonies hein...)

  • Dans ces cosmogonies (miracle du pluriel, infini de l’écriture), il y avait forcément une fin inscrite comme "le trou noir" ou le "big bang" nous tourneboulent sans nous effrayer, elles ont suivi leur route à travers les étoiles, les toiles, les voiles, les rois et les reines, le ciel et l’espace, évidemment, malgré les satellites, les objets volants identifiés ou pas, les avions, les chemtrails, les nuées et les dénudées, les déesses célestes et les diablotins zinzins, un monde de chimères heureuses, les sirènes silencieuses ou championnes de natation synchronisée comme la frappe sur un clavier bien tempéré.

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