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"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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Bande-annonce

mardi 8 février 2022, par C Jeanney





La Nuit de Rachel Cooper (sortie le 9 février 2022)


"BANDE-ANNONCE

Vraiment, on ne savait pas comment parler de ce film. Et ceux chargés de nous le vendre pas plus que les autres. Au lieu de respecter la promesse, pourtant faite en lettres géantes, de nous mettre In Intense Excitement And Suspense, la bande-annonce (1955) dévoile tout — l’Ohio vu d’avion, la campagne à la Tom Sawyer, le prêcheur fou de rage, une danseuse de cabaret, des menaces, les enfants effrayés, la mariée sacrifiée comme l’agneau, le Mal sur son cheval, la fuite, la vieille femme à la carabine, l’affrontement et la foule haineuse —, et ceci presque de façon naïve, en suivant simplement la chronologie de l’histoire. Cette bande-annonce n’est pas un avant-goût du film, mais plutôt un croquis dessiné à grands traits, comme ces caricatures que l’on vend aux touristes à Collioure. Une sorte de résumé. Mais ça n’est pas possible, car cette Nuit ne peut pas être résumée. Elle a trop de facettes, prend trop de directions, et il y a surtout trop d’adjectifs pour la décrire (inquiétante, ridicule, onirique, rude, attendrissante, horrifiante, prévisible, féerique, animalière, inattendue, sauvage, organisée, rassurante, merveilleuse, pragmatique, etc.)."

[...]

"PREMIÈREMENT

C’est l’unique film de Charles Laughton. Il est tiré du premier roman de Davis Grubb. C’est la première fois que Walter Schumann compose une musique de film — contrairement aux habitudes de l’époque, il viendra souvent assister au tournage pour mieux s’imprégner de l’ambiance —, et c’est la première fois que Laughton rencontre Robert Mitchum, qu’il découvre à cette occasion, ne l’ayant jamais vu jouer jusque-là nulle part.
Pour Laughton c’est une bourde, une sorte de maladresse. Il pense avoir fait un film grand public, mais la société de production aura bien du mal à en faire la publicité : ce n’est pas vraiment un film noir, ni un film policier, ni un film à suspens, ni un film social, ni une fable, ni un conte de Noël, ni un film fantastique, ni une allégorie, ni un film religieux, ni un film anti-religieux, ni une comédie dramatique, et c’est un peu tout à la fois. Après le montage, quelqu’un lui dit : Tu as fait un film d’art et d’essai. Laughton est consterné.
Si je faisais le parallèle avec mon travail, ça me donnerait un texte qui ne serait ni un essai, ni romanesque, ni un récit, ni poétique, ni documentaire, mais un peu tout ça à la fois, en petites quantités. Sans doute ce qu’on appelle un texte « hybride », ce qui est une autre façon de dire « bourde », mais élégamment."

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

Messages

  • Un film de "ciné-club", un si beau compliment, il faudrait rétablir cette catégorie de salles mais madame Bachelot en ignore sans doute l’existence (pendant que son prédécesseur réapparaît, incognito, à l’occasion de l’annonce du déficit abyssal du commerce extérieur de la France).

    "La Nuit du chasseur" (non, il ne s’agit pas d’un flic selon Zemmour), incontournable, délectable, rêvable, adorable, probable, capable et coupable, admirable, inoubliable...

    Un film comme un exemple hors de portée, navigant solitairement dans l’espace nocturne des diffusions clandestines où le bruit du mécanisme du projecteur participe lui-même de l’aventure en 35 millimètres.

  • on film merveilleux, de ciné club oui peut être en effet et avec raison, mais pas fait pour ça simplement si beau qu’il ne pouvait qu’y être présent

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