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"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

chantiers en cours

Les Vagues, de Virginia Woolf (traduction + journal de traduction en (...)

journal de bord des Vagues -104 ["Je ne comprends pas les phrases."]

jeudi 13 octobre 2022, par C Jeanney

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(journal de bord de ma traduction de
The Waves de V Woolf)

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- le passage original

‘When I came into the room tonight,’ said Susan, ‘I stopped, I peered about like an animal with its eyes near to the ground. The smell of carpets and furniture and scent disgusts me. I like to walk through the wet fields alone, or to stop at a gate and watch my setter nose in a circle, and to ask : Where is the hare ? I like to be with people who twist herbs, and spit into the fire, and shuffle down long passages in slippers like my father. The only sayings I understand are cries of love, hate, rage and pain. This talking is undressing an old woman whose dress had seemed to be part of her, but now, as we talk, she turns pinkish underneath, and has wrinkled thighs and sagging breasts. When you are silent you are again beautiful. I shall never have anything but natural happiness. It will almost content me. I shall go to bed tired. I shall lie like a field bearing crops in rotation ; in the summer heat will dance over me ; in the winter I shall be cracked with the cold. But heat and cold will follow each other naturally without my willing or unwilling. My children will carry me on ; their teething, their crying, their going to school and coming back will be like the waves of the sea under me. No day will be without its movement. I shall be lifted higher than any of you on the backs of the seasons. I shall possess more than Jinny, more than Rhoda, by the time I die. But on the other hand, where you are various and dimple a million times to the ideas and laughter of others, I shall be sullen, storm-tinted and all one purple. I shall be debased and hide-bound by the bestial and beautiful passion of maternity. I shall push the fortunes of my children unscrupulously. I shall hate those who see their faults. I shall lie basely to help them. I shall let them wall me away from you, from you and from you. Also, I am torn with jealousy. I hate Jinny because she shows me that my hands are red, my nails bitten. I love with such ferocity that it kills me when the object of my love
shows by a phrase that he can escape. He escapes, and I am left clutching at a string that slips in and out among the leaves on the tree-tops. I do not understand phrases.’




- mes commentaires et questionnements

évidemment le gros souci est "This talking is undressing an old woman whose dress had seemed to be part of her, but now, as we talk, she turns pinkish underneath, and has wrinkled thighs and sagging breasts." car de là découle le reste
j’avais commencé à essayer d’expliquer mes choix ici, et puis, dans la salle d’attente, j’ai lu ce passage de Etel Adnan (p34 de Déplacer le silence)
"La guerre de Troie s’est achevée aux Dardanelles. J’aurais dû passer ma vie à expliquer comment j’en suis arrivée à cette conclusion, mais je ne l’ai pas fait et n’ai aucun regret. Ce que je viens de dire est plus compréhensible sans explications. Expliquer revient à brouiller la pensée des gens."
et ça sonnait tellement juste avec moi, avec ça, avec tout, que j’ai tout effacé


- ma traduction


« Quand je suis entrée dans la pièce ce soir, dit Susan, je me suis arrêtée, j’ai scruté tout autour de moi comme un animal, les yeux au sol. L’odeur des tapis, des meubles et du parfum me dégoûtent. J’aime marcher seule à travers les champs humides, ou m’accouder à la barrière pour regarder mon chien flairer en rond, et lui dire : Cherche ! Cherche le lièvre ! J’aime être avec ceux qui triturent les herbes, crachent dans le feu et marchent en traînant des savates dans de longs corridors, comme mon père. Les seules paroles que je comprenne sont les cris, d’amour, de haine, de rage et de douleur. Vous parlez, et c’est comme si on enlevait les vêtements d’une vieille femme, on croit que sa robe et son corps ne font qu’un, mais, à mesure que les paroles arrivent, on voit dessous, du rose défait, des cuisses ridées, des seins qui pendent. Lorsque vous vous taisez, vous êtes beaux à nouveau. Je ne posséderai rien d’autre qu’un bonheur naturel. Je m’en contenterai presque. J’irai me coucher fatiguée, allongée comme le champ dont les cultures alternent ; l’été, la chaleur dansera sur moi ; l’hiver, je serai craquelée de froid. Chaleur et froid se succéderont naturellement, sans mon intervention. Et mes enfants me soutiendront ; leurs dents, leurs pleurs, leurs départs pour l’école et leurs retours à la maison me soulèveront comme les vagues de la mer. Pas un jour ne passera sans ce mouvement. Je serai hissée sur le dos des saisons bien plus haut qu’aucun d’entre vous. Je serai bien plus riche que Jinny, que Rhoda, quand viendra le jour de ma mort. Mais en revanche, tandis que vous changerez mille fois, les fossettes des joues creusées par les idées et les rires des autres, je resterai de mon côté entièrement sombre, couleur d’orage, et pourpre. Je serai abîmée, durcie par la passion bestiale et belle de la maternité. Je forcerai sans scrupules la réussite de mes enfants. Je haïrai tous ceux qui verront leurs défauts. Je mentirai bassement pour les défendre. Je les laisserai m’emmurer loin de toi, et de toi, et de vous. Et puis, la jalousie me tord. Je déteste Jinny, car elle me prouve que mes mains sont rouges et mes ongles rongés. J’aime avec tant de férocité, que l’idée que l’objet de mon amour peut, d’un mot, s’échapper, me tue. Il s’échappe, et je reste agrippée au fil perdu dans le feuillage à la cime des arbres. Je ne comprends pas les phrases. »

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( work in progress )

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)</

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