"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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[directions]

voix de partout

samedi 3 novembre 2012, par Christine Jeanney

voix de partout, venues de partout, elles tanguent, je au milieu d’eux, d’elles, attendre sans respirer, recroqueviller le soi, interne, interné le creux de la coque, voix, voix de partout, entendre les voix venues de partout partout se répondre, quand je n’identifie rien, s’alterne, quand je n’est pas, je n’est qu’endroit, lieu transparent (mais les mots mentent, « transparent » dit plus de matière qu’il n’y a)

chorégraphie inquiète, alternée, soliloques se recoupent, se chevauchent sans effacement, sans vouloir l’effacement de l’autre, malgré soi, je constate hiérarchie aléatoire, pourquoi cette voix s’élève plus, comment à l’avance elle savait la place libre, sans prévoir, s’élance quand meurt une autre ou s’éloigne et personne ne retient

qui rattraper dans cette voix sienne, la cherche, fouille les bruits à l’aveugle

tenir les voix

suspendre situation bien à vous non le dimanche prochain voyage et pour vous quand les vitres pleurent c’est mauvais signe je ne préfère pas comment bonne journée toujours pareil semblable toujours pareil, tourne la voix, tourne l’animal têtu, pareil, semblable, même, le même, lourdeur de ce même quand l’inattendu plus terrible encore, le choix entre le même qui tue et l’accident, terrible accident hier soir nationale on ne sait pas jeunes terrible (pas de photos dit le correspondant local du journal, ce n’est pas mon métier de vendre la douleur des gens)

une voix éteinte mais les autres respirent, bourdonnement que tu ne peux pas consoler, je inactif, je, cordes vocales figées, tiges deux, ne vibrent pas et pas d’air qui passe dans la gorge, suspendue (le fil, fragile le fil, enfiler les clichés quand les mots mentent, ton "fil" est plus fragile qu’un fil, plus fragile que "fragile", inventer comment sinon, compromission, convention du "fil fragile", et les autres, est-ce qu’ils se compromettent aussi à user des mots usés pour se joindre, connexion, contact, tu crois le choix mais tu n’as rien que de vieilles planches, tu brosses les lamelles tu les cires ou tu les grattes pour qu’elles se ressemblent moins, et sinon quoi, je n’est qu’endroit, le vide partout comme les voix, ton impuissance)

(ton impuissance en tapis, en matelas, en chemin, en murs, en air à palper, ton impuissance partout comme les voix, comme le vide, et après, sinon quoi, sinon quoi ? tu écoutes les voix et il n’y a pas de chute)

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