"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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#en vues fugitives, Franck /Anne (3)

samedi 3 novembre 2012, par Christine Jeanney

Pendant ce temps et 45 km à l’ouest, arrachement le matin. La nourrice agréée souffre de maux de tête, porte d’épaisses lunettes sur cernes, cherche avant tout le noir et le silence. Arrachement, mon bras, ma jambe, mon foie abandonné dans sa pénombre. La descente trop courte de la rue Léon Blum trop vite finie, et pas le temps de ravaler ou d’y penser que le masque me couvre (personne ne sait, semelles plombées, celles des scaphandriers. Parfois un élancement, ça vrille, douleur physique, suraiguë, du mal à respirer, ça ne se voit pas quand je plaisante).

45 km à l’est, Anne collée à une folle, dans le bus, en direction de la Maison Centrale, pendant ce temps. Et Franck pendant ce temps, derrière les murs de briques rouges, se promène où- ? longe lesquels- ? s’adosse à quoi, se heurte, semelles clouées, rangé dans des boîtes à chaussures, et ses égratignures saignent abondamment sous ses vêtements, arrachements. On dirait que, pendant ce temps, personne n’est à sa place, la géographie meurtrière.

Je passe en voiture sur la D939, Arras, la gare, endroit exact d’où je surplombe Anne dans un train, qui vient ou va vers Franck, centre d’arrêt, les mots mentent et les mots disent la vérité (pas de centre et l’arrêt est incompressible, pendant ce temps).

Nous sommes de vraies personnes avec de faux costumes, ronde cassée.

Vues fugitives de mains lâchées, celle dans un train, celle qui visite la veuve, celui qui tourne au pré carré.

Ceux qui se laissent glisser le long des murs - la glisse constamment – celui-là ses poignets trop fins, celle-là s’arrache du sol pour le saisir, et l’autre, (moi) qui ne sait rien, pendant ce temps où la géographie s’amuse. Il se trace des lignes difformes, des ponts, des voies rapides, des murs et un seul mirador aveugle pour faire les comptes.

L’empreinte des sacs qu’on a posés serait indiquée sur la carte, on relierait les points et ça dessinerait quelque chose. L’un des points, à force d’être mis, se creuse, c’est un trou. Quelqu’un y tombe. Les autres tournent autour, ne s’en éloignent pas, et en lieu de lamentation, parfois écrivent, parfois scrutent le fond, s’organisent comme ils peuvent (ce ne sont pas des personnages), témoignent, s’inquiètent (arrachements) sans itinéraire défini. Par instants, chanceler, ce que je fais dans une rue de Lille un jour, place Rihour, je manque de points de repère.

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