"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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Maryse Hache dans La boîte et je m’endors (#vaseco d’avril 2011)

mardi 5 avril 2011, par Christine Jeanney

La boîte et je m’endors

la boîte et je m’endors

la boîte en bois à casiers où il installait, pour les contrôler, petit-gris mais surtout kolinski venus de la vallée de l’amour – il aimait bien que ses pinceaux viennent de ce nom-là, en sibérie, martre-kolinsksi par poignées de 12 ou de 24, disait-il buisson, était-ce unité de mesure

avec loupe et petits ciseaux, chaque pinceau minutieusement examiné et décision s’il le fallait de couper un poil qui dépassait de la fleur, juste au-dessus de la virole

la boîte et je m’endors

je m’endors et le jour du couloir j’ai su que pour elle c’était le 2 janvier

pour moi le jour de la boîte en zinc à frigo c’éait le 14 février

il dort ou quoi

pourquoi prend–il cet air pincé

pourquoi n’ouvre-t-il pas ses yeux que je retrouve leur bleu

mais derrière moi, inlassable, avance le bruit des feuilles qui tombent

nos pères dorment au lit du poème

et je m’endors

dans quels yeux as-tu posés les tiens avant de les fermer

et il s’endort dort dors d’or

boîte de compas Kern avec tire-ligne, compas, compas à verge, rallonge, pointe sèche

boîte à cirage, il faut qu’elles brillent le matin lorsque les filles partent à l’école, à beaux coups de brosse

et je m’endors

auf auf les filles c’est l’heure de se lever

où est ma boîte de crayons de couleurs koh-i noor hardmuth carand’ache staedtler

et je m’endors

vas-tu te lever c’est l’heure

c’et l’heure de l’enfance

et je m’endors dans les boîtes en fer blanc de la chanson

dans les belles sardines argentées pour les mettre dedans

et les marins qu’il faut pour les pêcher

et cette boîte malacéïne nacrée poudre talc monpelas paris, rescapée d’une étagère de petite armoire d’un cabinet de toilette de l’avenue felix -faure à paris au pays de l’enfance

le cabinet de toilette donnait dans une chambre

dans cette chambre mon lit était le long du mur à côté de celui de ma sœur

aux murs de bergères les tambourins qu’il avait bricolés en veilleuse

pas de tableau

laisse allumer s’il-te-plaît pour s’endormir lumière

et je m’endors boîte crânienne embrumée

dès lors il n’y aura plus moyen sinon visite en sommeil de porter secours à la terre des pères lycophron ou paul il dormira dormira toujours au sein de la terre et des pissenlits dans sa boîte définitive

pourtant il parlera encore

car je m’endors

et la boîte rouge gardienne de ses mots de jeune homme amoureux de jeune homme prisonnier de jeune homme courageux qui chaque un jour de kriegsgefang a envoyé sa lettre d’amour

boîte qui les contient toutes de celles de pendant cinq ans écrites avec l’espoir et l’amour

la boîte m’en offrira de ces missives quand je voudrai bien ouvrir et soulever le couvercle

je m’endors et j’ouvrirai la boîte déplierai la trame du temps et ferai parler ce qui se tait depuis bientôt soixante dix ans enfermé dans du présent qui attend son heure de fraîche

la boîte de ciseaux à bois, couchés alignés dans de la sciure, panoplie de travail des jeunes gens, fabriquer quelque objet comme cette petite console en bois avec tenon et mortaise marquée de son prénom mansucrit cc, pour la distinguer de celle de son frère, mordre dans du tendre

console console je m’endors


pas encore les ciseaux des tissandières

moi je suis venue je m’endors te donner vie dans le poème de présent car tu m’as donné vie un jour de belle cabriole et tu es de ceux qui ont continué à me la donner avec glaïeuls tout au long de la tienne sans faillir

d’un coup tu auras disparu costard cravate bouche pincée il a fallu admettre qu’ils t’y couchent il a fallu oser te laisser enfermer là-dedans il a fallu que le sourire niet plus jamais tout a une fin les pioutes je m’endors il a fallu toute une matinée te suivre en boîte c’était du chêne non jusqu’au jardin des morts en boîte je m’endors c’est nous qui cheminons ta boîte sur nos fragiles épaules et pas sur celles des mercenaires borniol c’est nous qui passons les cordes et laissons glisser la boîte jusqu’au fond du trou c’est eux qui officient il a fallu

je m’endors en vie

lui c’est mort qu’il dort

je m’endors

je fichaise je rat de jour et de nuit je signes cliniques je voir b et autour

j’ai tant aimé vous rencontrer dans les grands flux de l’écriture en web-e-toile

il n’y eut pas nevers ni l’hellébore acheté pour offrande et qui devait m’y accompagner pour une rencontre de vif-corps

il y a ce vase d’avril et c’est bien

il y a la boîte lumineuse de l’écriture et de l’échange

Maryse Hache

à qui je donne ma place et qui m’offre la sienne ce jour

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