"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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Ce sont des mots qu’on lance (la nuit) de Pierre Cohen Hadria (#vaseco de décembre 2012)

mardi 6 novembre 2012, par Christine Jeanney

« Nous nous étions mis d’accord tous les deux début octobre pour que notre échange parle de la nuit, mais une autre nuit est venue prendre toutes les autres ; aussi nous dédions ensemble nos textes à Maryse Hache pour ce premier vase communicant sans elle. »

Ce sont des mots qu’on lance (la nuit)

Ce sont des mots qu’on lance, ils doivent bien venir de quelque part, mais ça nous est étranger, ils sont là, comme celui-ci qui m’est venu vers le quinze de cet octobre, là, je me disais que les jours s’amoindrissaient, le froid ne venait pas encore – depuis, il est là – je n’en voulais d’ailleurs pas, je n’en veux jamais, il y avait au coin de l’avenue des gens qui passaient, comme toujours, ce sont des choses que tu sais, alors on se penche un peu

un sens interdit, un type qui passe avec son chapeau et son fils, probablement, on le distingue, qui passe remonte la rue et tourne à gauche, il y avait sur le tourne-disques (ça ne se dit plus ça) cette chanson « A Baiuca », tu sais un fado, tu vois laquelle peut-être, comme lorsque à Lion il n’y a personne sur la jetée, comme lorsque un peu le rivage s’est vidé des cris et des jambes satinées de cette couleur dorée, les vélos et les tongs, et que le sable s’insinue comme la nuit

un type est à sa fenêtre et contemple l’autre qui s’en est allé, avec son chien-on ne le voit pas- et son fils son chapeau et ses gants, on regarde la nuit, je la connais comme ma poche, je la vois s’épaissir, elle est là et se prête au rêve, il n’était pas question encore de changer d’heure, j’avais oublié, je pensais au cinéma, ce que j’aime au cinéma, c’est que je sais, avant de m’en aller pour y aller, avant de m’être assis au cinquième rang, plutôt au milieu (pour les photos), avant d’être passé au guichet comme il en est au Louvre, sa pyramide et dans l’air qui flotte une sorte de vague essence (ce mot est trop beau pour lui) de celui qu’on appelait crâne d’œuf (le film de Raymond Depardon est une sorte de merveille d’inconscient et il n’est pas douteux que de voir ainsi si brillamment éclairé cet inconscient, le ministre de l’économie et des finances de l’époque ait, par arrêté du prince qu’il était devenu, interdit que quiconque le vît), ce que j’aime au cinéma, donc, c’est que je sais qu’en sortant, il ne fera pas plus nuit.
Non, pas plus.
La nuit s’est insinuée.
Pas plus, ni moins d’ailleurs. Ce que j’aime c’est que peut-être rien n’aura changé. Avant la séance, ceux que je verrais sur l’écran resteront tels qu’en eux-mêmes, et en sortant, ils auront acquis quelque chose de la mémoire des choses, et ce sera tout. Ils ne seront plus là, pas plus.
La nuit, elle est arrivée, elle est là comme ma poche,

il y a des étoiles parfois qui l’illuminent un peu, à peine deux ourses, des constellations, il s’agissait aussi du nom de certains avions
Et la nuit s’est insinuée

le cinéma, non, pas plus, la musique aussi, elle s’insinue partout comme elle, on l’entend on l’écoute, elle glisse sur nous, la vie en nous autour de nous, il y avait comme une insulte, blessante inutilement, la tristesse devait l’égarer, de cette dame que je ne connais pas qui me disait dans son commentaire de dire aux vivants qu’on les aime, ce n’est certes pas que je préfère le dire aux morts, ils ne m’écoutent pas tu sais – qui écoutent-ils jamais… ?- je préfère encore mes amis, et rire avec eux et nous savoir immortels.

Mais elle est là, la nuit, elle s’est insinuée, et peut-être s’en est-elle allée avec celle qui me disait « quant à l’ « honneur » je le partage et te redis le bonheur de ton invitation vazco », pour son Emprise (je n’ai pas cherché la police pour le « E », j’avais pour cette entreprise tellement de goût pourtant), il y avait la nuit, à présent l’heure d’hiver est revenue, ma journée de dimanche, ces jours entiers, je ne crois pas que j’irai, c’est où reposent les miens, tu comprends, ça va comme ça, j’aime toujours sans les avoir vus les tilleuls, le chat roux, pas vu, les « quelqu’un dit », non, je ne l’avais vue que quatre fois, mais entendue à deux reprises lire ce qu’elle écrivait, j’adorai ça, j’avais avec elle quelque chose qui me faisait l’adorer comme on aime les mandarines, les fraises, les cerises, les fruits d’été, été, quelque chose qu’on sait retrouver quand le temps en sera venu, et on est là à savoir attendre, sûr de cette fidélité, sûr de cette venue et par elle de retrouver ce qu’on aime, ce qu’on savait aimer et retrouver comme au cinéma quand on voit quelqu’un qu’on aime - revoir « le Guépard », Burt Lancaster qui dit sortant de son bain « allons, mon père » un peu énervé ; revoir « L’Arrangement », et Kirk Douglas qui dit « tu t’es penché hein, tu as baissé la tête », revoir, oui, revoir et sortir de la salle, la nuit n’y est plus- , ça ne fait rien, non, ça ne fait rien, je sais, je continue, j’écris.

La nuit s’insinue, et j’y mets des photos sans le point

Pierre Cohen Hadria
qui prend ma place ici
comme je prends la siennece jour

Les autres participants à ce vase communicant, dédié à Maryse Hache, sont visibles et visitables depuis ICI, grâce à Brigitte Célérier.”

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