"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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Quatrième étage d’Anne Collongues

samedi 6 juin 2009, par Christine Jeanney

« Un brin dramatique le noir dans le salon, la télé vers laquelle la tête n’est pas tournée, la posture immobile. L’inertie devenue paralysie molle creuse de son poids une forme dans le canapé. Les pieds trouvent leur place sur le tapis usé, près des marques que le poids de la table a laissées. »

Anne Collongues, par son écriture, évoque, visualise, s’approche, silencieuse, sans se mettre dans la lumière. Elle décrit, décrypte un pan de rue, pan de vie, une façade d’immeuble avec sa mosaïque de fenêtres, certaines vides, d’autres occupées, allumées et habitées de formes humaines dont elle rapporte les signes.

« Les cuisines les unes au-dessus des autres, trois derrière les branches, sont allumées. Les passants du trottoir opposé se reflètent dans un fond de lumière verte jusque sur les fenêtres du deuxième étage. La réverbération déforme leur marche, des hanches au sol, triple coup de klaxon. »

De la rue arrivent des bruits, sirènes ou crissement de roues.

Un personnage en mouvement, un « il », se déplace. Il est le point auquel s’accrocher dans cette portion de ville, celui sur lequel la narration s’attarde. Puis un « je » prend la parole, vivant, agissant. Peut-être le vrai mouvement dans cette atmosphère contemplative.

« Debout sur mon lit, je saute et m’assois, rebondissant face à la fenêtre. »

C’est que ce « je » a besoin de réponses :

« Je ne sais pas de quelle longueur sont les cheveux de mon père maintenant, cela pourrait être lui. »

Ce pourrait être une définition des lignes que ce texte d’Anne Collongues.
Lignes des immeubles, des rambardes, tables, rideaux, qui définissent le réel.
Lignes imaginaires entre la rue et soi, entre les passants et le salon, entre ce père et cette fille.
Ligne ultime entre les mots, les sons et les images.
Ces lignes, l’auteure veut les rendre visibles, lisibles, et peut-être en infléchir la courbe…

Quatrième étage est un texte court, sorte de miroir fragmenté réfléchissant le réel par morceaux.

Un texte évocateur : solitude nocturne et urbaine, fugacité, insaisissable, dessous des cartes. Qu’est-ce qui se cache derrière l’ouverture d’une fenêtre ?
« Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie. » dit Baudelaire, mis en exergue dans ce Quatrième étage.

Un texte qui donne envie de le relire, plusieurs fois, de s’y attarder, pour s’imprégner des images produites, pour retrouver le grain particulier des « photos mentales » qui s’y trouvent, et qui nous décrivent peut-être nous aussi…

Quatrième étage d’Anne Collongues
Disponible chez Publie.net

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