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Fichaises - tentatives

"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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Fichaises

dimanche 6 février 2011, par Christine Jeanney



La contrainte en écriture je la voyais de loin comme un exercice et seulement ça, quelque chose de systématique, d’un peu poussif ou tiré par les cheveux, une prouesse, comme faire des abdominaux ou mettre la table correctement avec le couteau à poisson au bon endroit, je ne savais pas (je n’ai pas de couteaux à poisson).

J’ai découvert qu’on peut s’y asseoir en confiance et jouer des coudes à l’intérieur, ça ne limite pas, ça délimite. On borne l’espace, ensuite on peut s’y déplacer, traverser les étages. Ça renforce la place du libre et on peut mieux se concentrer sur les portes restées ouvertes, praticables, le droit de s’y faufiler, d’être fantasque, lugubre ou réaliste, démonstratif, énigmatique, lyrique, à ras du sol, démuselé, pensif ou tout ce qu’on voudra, y compris fou.

Et puis j’ai aimé la pression, préparer la fichaise du lendemain, intensément, partir sur un détail et tirer sur l’idée le plus possible, me surprendre, y penser toute la journée et le soir avant le sommeil, guetter des signes extérieurs minuscules pour prendre appui. Tout peut servir : à la radio l’émission sur les troubles du sommeil, la femme qui passe devant chez moi avec son sac, le vieux monsieur qui traverse au rond-point, le sentiment de fondre sous l’eau chaude de la douche, me frotter le visage de fatigue et penser que je le déforme, la machine à laver en marche, la pluie, le GPS, une expression, un geste simple transformé répété jusque par-dessus bord, etc.

L’étonnement aussi, l’idée peaufinée des heures mise à la poubelle parce qu’elle retombe, le temps presse, t’as vu l’heure ? où est ma fichaise de demain... Le nouveau texte en marche va chercher dans les fonds de tiroirs de sa tête qu’on retourne, on fouille et on tombe sur ses idées fixes qu’on ne se connaissait pas, ni si fixes (les corps déformés, incomplets, les mains, les yeux, les bruits inexplicables, les fantômes) et on se comprend mieux (peut-être) (un peu).

Dix semaines tous les jours c’était bien, et rien ne m’interdit d’y retourner. J’y pense : faire des fichaises bleues, des fichaises à ressort, des fichaises mécaniques ou des fichaises de nuit, des fichaises à l’envers, des fichaises animales, des fichaises torves, de vieilles fichaises ou fichaises à ficelles (sérieux, quelqu’un pour m’arrêter, là).

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