"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

LECTURES

Affrontements (une voix pour l’insubordination) d’Arnaud Maïsetti

dimanche 25 novembre 2012, par Christine Jeanney

C’est un objet hors du commun que cet Affrontements, dans sa forme, par son jeu de piste, ces tangentes à prendre, la possibilité de traverser le texte en y imprimant son propre mouvement, en décidant soi-même de l’enchaînement des fragments qui le composent.
Et pourtant, malgré cette fragmentation, c’est l’impression d’une coulée homogène, lecture d’un seul tenant, au mouvement contrôlé et tendu vers un point, arc et flèche. Quel que soit l’ordre ou le désordre suivi, la langue y est posée comme une main ouverte. Je ne sais pas dire mieux.

Ci-dessous des extraits & photos pour le découvrir :

«  Je

S’affronter –
Il y en aurait plusieurs ; dans la voix, il y a plusieurs voix déjà. Il y aurait aussi tout ce qu’on porte en soi de voix, qu’on imagine dans le corps avant de parler. Les voix dans le rêve : ne ressemblent à aucune. D’ailleurs, on ne s’en souvient pas. [...] »

« Deuxième jour – où fuir

Il n’y aurait qu’à lever la tête – une fuite possible, d’autres territoires, des lignes qui dessinent quelque part les directions où aller. Mais ce seront d’autres luttes peut-être, et d’autres affrontements. On ne fuit pas quand on déplace avec soi la masse de corps et de passé qui leste ici-bas ce corps, lourd de corps et de passé. Le dire ne change rien, ni au poids de ce corps, ni à l’inscription de son passé en lui qui l’ont peu à peu formé pour qu’il s’ajuste au présent. » [...]

« Directions – où se lancer

[...]
Voix de tout cela qui claquent, loin, et qu’on entend si fort qu’on voudrait se cacher. Ou affronter de plus près les voix qui disent : nous aurions pu crier davantage.

Voix qui sort de ma propre bouche pour recouvrir l’autre voix que le monde parle en moi ; voix qui dit soudain : nous serons de telles voix, que nous lancerons dans le noir pour avancer, nous serons de telles voix qui n’auront besoin que de cela, pour dire : soudain, nous serons de telles voix. »

« Peaux mortes des visages qui s’effacent – où dévisager

le visage qu’on a quand on le prend dans ses mains, le cache, et ce qu’on laisse voir de soi

les visages creusés dans le mur des églises comme ressemblant à ceux des enfants : des enfants aux yeux fermés qui nous regardent depuis les siècles où on croyait en eux – des beaux visages d’enfants morts qu’on a sculptés pour mieux les pleurer et y croire

le visage qu’on emprunte quand on dit, non, je n’ai pas le temps pour

le visage qui dit, je ne sais pas, je ne suis pas d’ici

le visage qui continue : peut-être par là, et le sourire ensuite, qui fait signe du contraire

mon visage d’enfant sculpté aux parois de cette pierre, dans l’angle de cette église

le visage de cette jeune fille qui porte sur lui le double des années

le visage sur les photographies anciennes qui continue d’interroger le miracle de sa persistance »

[...]

- Affrontements (une voix pour l’insubordination) d’Arnaud Maïsetti chez Publie.net
- mis en forme par Roxane Lecomte

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