"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

FRICHE

AUTRES TENTATIVES //

[àrêve]

àrêve de parme

samedi 16 février 2013, par Christine Jeanney

parme, le mot c’était parme, le mot qui resta ensuite
qui reste encore, parme,
non seulement la couleur exacte mais le mot exact, exactement

on avançait dans cette maison qu’on nous prêtait, et les murs étaient parme
c’était calme
serein
propre
asiatique
moderne
parfait

mais ensuite chaque mouvement que nous faisions, chaque acte, provoquait une éclaboussure, une salissure,
mouchetés de marron les murs parme,
parsemés de cloques, de coulures, de taches, de saletés
qu’aucune éponge, qu’aucun chiffon ne faisait disparaître,
Ce n’est pas grave, je répétais à voix haute pour rassurer autour de moi
/intérieurement
(à l’intérieur de l’intérieur du rêve, au creux de l’intime du rêve en aparté de celui-ci) je constatais que c’était grave, que rien ne partirait des taches, qu’à jamais le parme des murs serait perdu et que quand tous le comprendraient, je ne pourrais même pas aider, épauler, je les abandonnais alors ? incapable

au réveil, parme (le mot et la couleur) signifie maintenant inutile - irrattrapable

(peut-être que les couleurs ainsi s’étoffent la nuit
peut-être que la nuit elles changent de couleur)

Messages

  • Je connais des personnes pour qui les couleurs correspondent à des objets précis, des dates, des évènements. Cette association couleur-chiffre, couleur-évènement, couleur-mot, me fascine.

  • L’analyse du rêve est la suivante :

    La veille, la patiente impatiente avait jeté dans la cheminée un livre de Stendhal car il n’y avait plus de combustible pour faire repartir le feu. La scène se déroulait dans une grande bâtisse, une ancienne "chartreuse", disait-on, louée pour une bouchée de pain. Sur les murs, des traces d’une ancienne couleur liturgique : peut-être des sabbats nocturnes avaient-ils eu lieu ici ?
    La projection dans les flammes de "La Chartreuse de Parme" avait perturbé C. J. au point qu’elle en rêva d’une manière désordonnée : le matin elle était à bas de son lit, pantelante, dans le froid.
    Le crime de papier qu’elle avait ainsi opéré resterait lié désormais à la couleur murale et au mot lui-même qui la transportait, comme un regret de littérature peint à force de rouleaux dans un esprit désorienté.
    Il faudrait traduire tout cela en un symptôme fugitif, peut-être l’amorce d’une dépression plus grave si je ne revoyais pas bientôt cette patiente à Vienne.

    Sigmund Freud, "Le rêve de Parme" in "Nouvelles leçons sur la psychanalyse", PUF, 2013 ( inédit, traduction L.M., page 567).

  • Que votre venue advienne quand vous en aurez l’occasion.

    Mon adresse est bien connue : 19, Berggasse (il y a toujours une montagne à gravir, et sans ascenseur).

    Confirmez-moi vos dates et heures par Twitter, ce récent progrès bien amusant.

    S. F.

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