"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

TEXTES

TRADUCTIONS

Les Vagues, de Virginia Woolf (journal de traduction en cours)

journal de bord des Vagues -12 [transhumance]

jeudi 21 février 2013, par Christine Jeanney

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(journal de bord de la traduction de The Waves de V Woolf)

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le travail continue, mais c’est le souterrain qui prend de plus en plus d’importance.

Je lis au Flotoir ce matin :
"Une fois un certain travail accompli (indispensable), arriver à se détacher de la lettre (qui est ici la note) et entrer dans une approche plus globale"

le "travail accompli (indispensable)" est là pour moi, et là aussi, visible dans ce journal des Vagues
C’est le socle, la base, la recherche "pure" sur un mot, une intention, une expression, un déplacement des segments de la phrase, une recherche, c’est très touffu, très prenant, très apparent mais
bizarrement, ce n’est peut-être pas le plus important

ce qui compte c’est suivre l’intention, le chant, la tessiture ("l’approche plus globale")
et c’est ça le plus difficile, parce que ça passe par des capteurs dont je ne sais même pas où ils se trouvent et que je ne saurais ni nommer, ni exprimer, ni justifier. Et le résultat final ne montre rien, c’est du travail muet ou invisible, pas sûre que le lecteur puisse capter si ce travail est là ou pas. Peut-être que ça tient aussi de cette transhumance

c’est vraiment presque un décalage du corps mental
(oui je sais, ça semble un peu ridicule -
je suis la première à me moquer de mes trouvailles fabuleuses comme "décalage du corps mental", je ris de moi et ensuite j’ai un peu de peine pour la petite fille dans ma tête qui tente de s’exprimer avec des mots sans réussir, c’est la même frustration que celle de la toute petite enfance, l’impression d’être seulement capable de crier en montrant du doigt)

n’empêche, cette transhumance vers les mots de l’Autre, pour le traduire, n’est pas une posture virtuelle,
ou académique,
ou grammaticale,
ou savante
il s’agirait de trouver les ressources en soi de ce déplacement des lignes, des yeux, de l’épiderme au sens large (des capteurs sensitifs)

je lis ensuite la note de lecture de Florence Trocmé sur Poezibao et je comprends-sens-approuve :

« Mireille Gansel le dit à la toute fin du livre, ajoutant que c’est sans doute sa plus essentielle leçon de traduction : « l’étranger ce n’est pas l’autre, c’est moi, moi qui ai tout à apprendre, à comprendre de lui. »

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