"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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AUTRES TENTATIVES //

[à l’intime (et roumégations)]

#roumégation sans réponse, penser assis et mordre

samedi 16 mars 2013, par Christine Jeanney

en réflexion depuis hier

me revenait en mémoire (la trace reste fraîche)
les mots "chienne de garde du web" à moi adressés quand je réagissais
à des propos sexistes

(apostrophe gratuite, d’un émetteur non concerné, ce qui ajoutait
une couche de de-quoi-j’me-mêle à la goujaterie by the way)

par extension, réflexion sur le discours de haine/d’exclusion,

et je lis le tweet judicieux de Pierre Hébrard
"On peut aussi retourner la violence et le pouvoir des mots comme Judith Butler in Excitable speech"

Grande réflexion sur ce thème
pourquoi suis-je si touchée ?
sans doute
à cause d’une forme d’injustice sous camouflage qui me révolte

le discours de haine d’exclusion (sexiste/raciste/homophobe)
ne se soucie pas de réflexion,
il est jeté, comme une ordure

son point de départ est une peur tribale ancestrale,
du temps où les habitants de la grotte d’à côté inquiétaient
(ne portaient pas les mêmes colliers ni les mêmes tatouages,
ne parlaient pas la même langue et mangeaient nos gazelles sur notre territoire,
argh = ennemis)

le discours de haine et d’exclusion n’est pas "civilisé", au sens d’évolué
c’est une réaction affective,
aussi finement pensée que l’est le geste de la main qui écrase l’araignée /réflexe

à ce discours nous devrions opposer des raisonnements ? (il nous force à)
et mettre en place des stratégies
il nous faudrait "gérer" pour mieux combattre
employer des trésors d’intelligence pour démontrer et/ou dénoncer

c’est une dictature
quand quelqu’un / quelque chose nous force à emprunter une voie non décidée
nous force à réagir
nous prend à partie
nous désigne
(par le dialogue forcé, par l’insulte)

le discoureur de haine et d’exclusion est coincé au stade affectif premier
(la grotte tribale),
le même stade auquel se trouve le tout jeune enfant qui mord celui qui le serre de trop près
(il mord pour l’éloigner, pour se protéger,
et pour tester la réaction du mordu,
mesurer son emprise sur le monde)

un stade affectif ET manipulateur

car c’est un geste en attente d’une réponse
en provocation d’une réponse
qui se nourrit de la réponse pour s’y adapter

(louvoyer, continuer, ou cesser, convaincre, baver, exhorter les foules, choisir une tactique, etc.)

les raisonnement que l’on peut opposer aux discours de haine et d’exclusion
pensés
finement pensés
évolués
ne font que suivre l’enfant qui mord pour le convaincre,
ils galopent derrière lui pour exprimer à quel point il se trompe

et c’est l’enfant qui mord qui décide de ce que font / sont obligés de faire
les autres autour de lui

il est le centre d’attention
(stade affectif premier du tout jeune enfant)

alors
face au discours de haine et d’exclusion
sexiste, raciste, homophobe
dire stop ? inacceptable ? refuser le dialogue ?

l’homme évolué pense tout de suite non, impossible, ce serait de la censure
dangers,

censurer l’enfant qui mord serait la porte ouverte à d’autres censures
et le danger du glissement vers des dictatures intellectuelles
(réel danger)

et pourtant
le discours de haine et d’exclusion EST une censure, lui-même
il censure la vie/l’existence de l’Autre
en le refusant, en le désignant comme non-valable
non viable
(femmes "inférieures",
homosexuels "déviants",
étrangers "parasites")

le discours de haine et d’exclusion porte en lui la négation de l’Autre,
et met en place une dictature
de réponse obligatoire
il contraint à
rétorquer
affirmer
combattre

en plus d’être injuste en soi, il provoque l’injustice du terrain qu’il définit lui-même, en/ dans sa parole

accepter le discours de la haine et de l’exclusion, sous couvert d’ouverture, de non censure (et même si c’est pour le contrer)
n’est-ce pas accepter l’existence de l’idée de la négation de l’Autre, aussi ?

peut-être pour ça qu’il disait "un con qui marche va toujours plus loin qu’un intellectuel assis"
et que l’enfant qui mord fait toujours plus mal que l’enfant qui pense

bref, suis pas plus avancée,
vos contributions éclairées seront les bienvenues

PS d’une heure après :
"un con qui marche va toujours plus loin qu’un intellectuel assis"
j’avais toujours interprété ça comme la critique de l’intello, inutile puisqu’il reste assis
mais autre possibilité
le con qui marche ira toujours plus loin, fera toujours plus de dégâts, aura toujours un pouvoir de nuisance plus grand que le penseur
(en ce cas c’est le con qu’on critique)
(je préfère l’interprétation 2)

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