"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

FRICHE

TENTATIVES DE LIEUX //

lieu // la chapelle de Ronchamp (journal du Théodolite)

#mines #Ronchamp #Théodolite

lundi 8 avril 2013, par Christine Jeanney


(début du projet Théodolite
visible ici
et )


Pas nécessaire de chercher la fiction, de placer correctement du matériel, des personnages, un éclairage et la musique appropriée.
Les constructions sont déjà là, plus réalistes que tout le carton pâte qu’on pourrait installer. Ici ça sent la sueur et le gasoil.
À hauteur de.
Marchant autour du monument souvenir, c’est « à hauteur de » qu’on avance. À hauteur des détails apparents, et rien d’hors norme.
De petites routes ; des arbres ; les branches humides ; la terre mouillée et le ciel gris fumée ; des rondins et des bûches empilés ; les beaux cercles à l’endroit de la taille, disque blond, crème, safran, et l’empilement calme libéré du bruit strident des tronçonneuses ; les veines brunes dans les plis de la boue, le quadrillage des semelles, empreintes en effacement, couche après l’autre recouvertes ; lignes en bordure de ruissellements et des branchages entremêlés, cassés, camaïeu de bruns clairs, foncés (l’œil fixe malgré lui la couleur crue d’un paquet disloqué, d’un prospectus ; malgré lui le cerveau cherche l’origine du propulsé là au hasard ; une cartouche vide, une canette ratatinée prennent toute la place et perturbent).
Théodolite doit mesurer l’inapparent, relier des points éloignés sur la carte, des angles et des degrés défaits, ou depuis recouverts, car les points vont profond sous terre, creusés.
La mine est invisible.
On a roulé longtemps et tout autour, en cherchant des indices.
Parce qu’on vient d’un endroit qui démontre : Liévin, Lens, Carvin, Loos-en-Gohelle, autant de lieux où la mine s’élève, crache au-dessus du sol ses monts. Là-bas, Auchy, Bruay, Haillicourt, les terrils courbent l’horizon.
Ici, les bosselures du sol se confondent, comment savoir sous laquelle c’est remblais, résidus de creusement, comment différencier les hauteurs, celles dues à l’homme, celles vives de tout temps. C’est masqué, c’est secret ; la mine, comme une pudeur qui la recouvre, avec les gravats et le végétal.
Une fois chez soi, lire le témoignage, l’accident du 16 août : le cheval qui s’étouffe, qu’on devra découper plus tard pour le sortir, attendre la relève, lutter contre le feu sous terre, sept hommes seuls durant plus de vingt-quatre heures ; la lueur des lampes, « enfin ».
« Heureux de passer sous la douche. En sortant des vestiaires, passer au bureau... Comme récompense, signer une feuille. Comme quoi vous devez être présent pour le poste du soir sous peine de sanction. »
Du puits Arthur-de-Buyer, le plus profond de France au XXe siècle, reste une cheminée rouge à Magny Danigon.
Théodolite fouille les indices, mais ne peut expliquer pourquoi ils sont si minces, engloutis sous les roches.
Mémorial isolé près d’un chemin de terre, cheminée rouge sans instructions ni panneau, pas de mode d’emploi, c’est une fonderie qu’on voit à Plancher-les-Mines et pas un chevalet. La mine reléguée sous la terre et, comme couvercle, des pyramides chromées, du bois couvert de bâches.

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