"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

TEXTES

TRADUCTIONS

Les Vagues, de Virginia Woolf (journal de traduction en cours)

journal de bord des Vagues -18 [et surtout avancer doucement]

samedi 11 mai 2013, par Christine Jeanney

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(journal de bord de la traduction de The Waves de V Woolf)

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c’est vraiment un travail très précis et pointu, le nez collé aux mots et chaque phrase questionne
et puis, il faut être attentif à la distance, car trop collé au texte, on perd le fluide, la beauté lumineuse, simplissime, l’instant
comme lorsqu’une aquarelle, si elle est surchargée, tombe
mais s’éloigner du texte le casse, c’est mal, presque immoral
(il faut tenter d’être "quelqu’un de bien")
pas de maniérisme
le texte fuse parfois comme un éclair, infuse ensuite en soi (le silence de V après la musique, encore de la musique)
rester humble et surtout avancer doucement
sentir déjà les endroits où il faudra revenir ensuite, mais plus tard (sentir que parfois c’est trop tôt pour trouver)
des repentirs nombreux, nombreux, avant qu’une sorte d’agencement se fasse, work in progress

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«  There Rhoda sits staring at the blackboard,’ said Louis, ‘in the schoolroom, while we ramble off, picking here a bit of thyme, pinching here a leaf of southernwood while Bernard tells a story. Her shoulder-blades meet across her back like the wings of a small butterfly. And as she stares at the chalk figures, her mind lodges in those white circles, it steps through those white loops into emptiness, alone. They have no meaning for her. She has no answer for them. She has no body as the others have. And I, who speak with an Australian accent, whose father is a banker in Brisbane, do not fear her as I fear the others . »

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Rhoda est assise devant le tableau, dit Louis, dans la salle de classe, alors que nous, nous partons fureter, cueillir un peu de thym ici, chaparder là une feuille de citronnelle pendant que Bernard raconte une histoire. Ses omoplates se rejoignent derrière son dos comme les ailes d’un petit papillon. Et quand elle fixe les chiffres de craie, son esprit entre dans les cercles blancs, tombe à travers les boucles blanches, dans le vide, tout seul. Ils ne signifient rien pour elle. Elle n’a pas de réponse pour eux. Elle n’a pas le corps qu’ont les autres. Et moi, avec mon accent australien et mon père banquier à Brisbane, je n’ai pas peur d’elle comme j’ai peur des autres. »

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