"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

TEXTES

TENTATIVES DE LIEUX //

lieu // la chapelle de Ronchamp (journal du Théodolite)

#quête #Théodolite #R

jeudi 30 mai 2013, par Christine Jeanney

(début du projet Théodolite
visible ici
et )

Il y a sûrement des histoires de quêtes fabuleuses. Le héros s’approche de sa destination, bravant mille morts, et lorsqu’enfin il pose le pied sur le sanctuaire qu’il cherche, qu’il a cherché toute sa vie, c’est un trou, un désert, ou une tempête de sable vide. Je ne suis pas le héros, et je ne cherche pas R depuis toujours (personne ne le fait), mais c’est le genre d’histoire qui me tire par la manche. Les rendez-vous manqués appellent des explications, on se sent obligé de répondre, de prendre une position. Comme devant une statue en faire le tour, se demander quelles bosses quels creux indiquent, et vers quoi se tourner. Mais tout est faux. La statue hologramme, c’est sa silhouette reproduite, pas quelqu’un d’autre.
Le temps n’y est pour rien, trop facile de se délester sur la pluie, de la rendre coupable. R glisse sous mes pieds comme un tapis qu’on tire. Théodolite mesure de l’air sans R.
Depuis l’image du pénitent – et comme il avance rampant auréolé d’orange, sa lampe striée d’encre de Chine, la gravure lacérée de bâtons, le tissu sur ses yeux hachuré, du drap, des plis, de fausses ombres – il y a eut un ralentissement, et les détails de R se sont anéantis à l’intérieur.
Sans doute le grand écart est trop acrobatique. C’est d’un côté le pénitent, son ventre suit le dénivelé du sol. De l’autre la Chapelle, les oreilles saturées, un son continu déployé. Le déséquilibre obligé et la pente qui pourrait renier tout ce qui s’était écrit avant.
Ce serait être dans une pièce et écouter les bruits, désorganisés, surgissant d’endroits opposés. Avec l’idée qu’il y a urgence, on tourne la tête vers une ouverture ou une autre, on entend ce qui ne fait pas sens.
Par les fenêtres d’un côté, des musiciens autonomes, désaccordés, certains crient, tapent des mains, rugissent. Ça fait ciller les yeux. Leurs habits pleins de déchirures, et tachés, ils s’essoufflent. Ne voir que le sommet des têtes déformées, ou ce sont leurs chapeaux qui s’agitent. Les bâches bleues misent au-dessus des tas de bois. Les grilles humides. Le monument aux morts. Et par l’autre ouverture, les rideaux bougent, soulevés d’une force infatigable, constante. Unis dans la respiration, la musique fait barrage, impossible d’entrer à l’intérieur. Ça monte vers le grand ventre blanc de la Chapelle.
Ça pourrait être simple, se déplacer, regarder, mesurer, comprendre peut-être, Théodolite en bandoulière.
Mais le sol se refuse. Il y a les bâches, les magasins fermés et les touristes qui vont paisiblement. Dans le ciel, une tempête de sable vide.
Les paramètres subtils, complexes et la distance très grande à parcourir. Comme si dans le musée je marchais labyrinthe en parcourant tous les couloirs, l’inquiétude soudaine de ne plus voir la statue. Le reflet obstiné qui me suit dans les vitres imite mes geste, je ne fais pas attention, j’oublie de m’en saisir.

Messages

  • ça pourrait être là, juste lire, suivre, noter le ventre du pénitent aux belles couleurs et le dénivelé du sol, la chapelle et les oreilles saturées, la musique, le grand ventre blanc, surtout la quête, le questionnement, aimer et ne pouvoir qu’être témoin

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