"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

FRICHE

TENTATIVES DE LIEUX //

lieu // la chapelle de Ronchamp (journal du Théodolite)

#Théodolite #profondeurs

jeudi 20 juin 2013, par Christine Jeanney

(projet initial Théodolite et ses fragments)

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besoin d’air et d’espace dans #Théodolite
grand remaniement où les parties déjà écrites vont se retrouver bousculées et replacées
me suis ouvert l’espace-la voie grâce à Borges,
sa phrase :

« (...) il me paraissait impossible qu’il pût exister autre chose que des cryptes à neuf portes et de longs souterrains qui se ramifiaient. » (L’Aleph)

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Cette bouche ovale, ouverte dans le sol, possède une découpe de roche qui dépasse, un accident, une forme de luette au fond d’une gorge. Cette bouche happe l’œil. On la regarde et les pensées s’enroulent autour, prises dans des spirales d’air.

Cette bouche aurait pu être verticale, renfoncement à l’aplomb creusé dans la montagne par les intempéries, entrée de grotte sur les hauteurs. Peut-être que des années et des années auparavant, alors une simple fissure mince, la pluie le gel l’auraient écartelée, tout doucement, et résignée elle se serait laissée faire, s’ouvrant, s’effondrant sur elle-même, abandonnant la place.

Mais ce n’est pas ça. Cette bouche n’est pas une porte. Cette bouche est jetée hors de la paroi, crevant le sol, une chute.

Cette bouche est encadrée de bordures couleur crème, du sable. Et des graviers blancs la nervurent, ils font sous la lumière un relief de montagnes lilliputiennes _ Avance, dit la voix dans ton dos, descends.

La voix pressante continue, derrière, devant, pour que je cesse de décrire le pourtour de la bouche.

Pour descendre je dois m’asseoir au bord, puis donner l’impulsion avec mes paumes, un léger saut, la lumière diminue dès que les pieds atteignent le sol plus bas.

L’image est saccadée, le mouvement démultiplié par des silhouettes plus ternes, en écho.
M’asseoir au bord, sauter, m’asseoir au bord, sauter, m’asseoir au bord, sauter égrènent les petites voix qui suivent.

J’avance en groupe, un attroupement d’individus uniques qui se déplie, chacun cerne une envie, un dessein singulier et étranger à l’autre, et chacun rebondit dans la pénombre sur l’image antérieure traversée.

En face, plusieurs ouvertures larges et la perspective tortueuse, faisant croire qu’elle se rétrécie. Peut-être que certaines directions semblent obstruées, mais les échos de moi prendront des ouvertures. Nous nous séparerons pour explorer. Des centaines d’ombres ternes éparpillées ; l’une creusera, accroupie, rien qu’à l’aide de ses mains, l’autre d’abord penchée par-dessus elle, elle se relève, et quelques pas plus loin se cale contre un éboulis et observe ; encore une, celle-ci est restée à la traîne, n’oserait pas croire, inspectera le ciel, encore, encore un peu, sa posture, la ligne de ses bras implorante. La bouche se refermera, articule la voix. Quelque chose qui heurte, un choc derrière une colonne de pierre, un mécanisme, une roue fixée sur un axe qu’une ombre actionne, les dentelures de fer font tressauter les masses, ça résonne dans les pieds. Je réalise que nous avons toutes les pieds nus. Certaines peurs se regroupent, elles se collent à mes côtes, elles sont jeunes. Certaines, modifiées à vue d’œil, enroulées de tissus, et même leurs mains couvertes de bandelettes, sont agressives, leur cœur s’assèche. Il faut descendre pour le voir.

Nous ne sommes pas perdues. Nous respirons, et la respiration c’est la descente.

(work in progress)

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

Messages

  • allons nous oser nous asseoir-balancer-les-jambes-sauter à ta suite, plus excités que craintifs à l’idée de ce que trouveront les échos de toi qui creusent à la main ?
    Mais en attendant contre la roche avec les échos qui regardent, nous sentons (moi au moins qui ne suis pas ou plus guerrière) la peur - ne faut pas l’ajouter à tes jeunes peurs... donc rester dehors, observer, attendre, certains qu’il y aura aboutissement
    (me suis un peu perdue en route là, n’aurais pas dû trop calquer...)

  • beau et étrange ce texte où l’on s’identifie à tes ombres aux pieds nus,où l’on se surprend à vouloir descendre avec toi pour respirer...

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