"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

TEXTES

TRADUCTIONS

Les Vagues, de Virginia Woolf (journal de traduction en cours)

journal de bord des Vagues -29 [des outres gonflées de vin pendent aux portes des tavernes]

samedi 21 septembre 2013, par Christine Jeanney

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(journal de bord de la traduction de The Waves de V Woolf)

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beaucoup de temps sur un mot puis un autre
puis reprendre et reprendre encore
choisir de déplacer, oser le faire
(oh la petite culpabilité qui se niche là)

et "figure"
the trembling figure of Christ’s mother
the stricken figure of Christ
que j’ai traduit par "effigie" faute de mieux
(je n’ai pas trouvé ce mot, il doit exister pourtant, il veut dire statue et icône, il raconte du bois peint, doré, un peu fissuré, tristement sans sens, tristement pragmatique et matériel, dérisoire aussi
ce n’était pas silhouette (trop vaporeux) ni image (trop propret)
(j’ai l’air de parler comme une publicité pour une lessive, "trop sec ?" "trop terne ?" "utilisez Bzum qui lave plus blanc !")

c’était claudiquant aujourd’hui
(ça l’est peut-être toujours, mais là je m’en suis rendue compte)

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The brute menaces my liberty,’ said Neville, ‘when he prays. Unwarmed by imagination, his words fall cold on my head like paving-stones, while the gilt cross heaves on his waistcoat. The words of authority are corrupted by those who speak them. I gibe and mock at this sad religion, at these tremulous, grief-stricken figures advancing, cadaverous and wounded, down a white road shadowed by fig trees where boys sprawl in the dust — naked boys ; and goatskins distended with wine hang at the tavern door. I was in Rome travelling with my father at Easter ; and the trembling figure of Christ’s mother was borne niddle-noddling along the streets ; there went by also the stricken figure of Christ in a glass case.
‘Now I will lean sideways as if to scratch my thigh. So I shall see Percival. There he sits, upright among the smaller fry. He breathes through his straight nose rather heavily. His blue and oddly inexpressive eyes are fixed with pagan indifference upon the pillar opposite. He would make an admirable churchwarden. He should have a birch and beat little boys for misdemeanours. He is allied with the Latin phrases on the memorial brasses. He hears nothing. He is remote from us all in a pagan universe. But look — he flicks his hand to the back of his neck. For such gestures one falls hopelessly in love for a lifetime. Dalton, Jones, Edgar and Bateman flick their hands to the back of their necks likewise. But they do not succeed
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« Cette brute menace ma liberté, avec ses prières, dit Neville. Dépourvus de chaleur, d’imagination, ses mots tombent sur ma tête, gelés comme des pavés, pendant que, sur sa veste, la croix dorée se soulève. Les paroles d’autorité sont altérées par ceux qui les prononcent. Je me moque, je ricane devant cette religion triste, toutes ces silhouettes tremblotantes, accablées de chagrin, cadavériques, meurtries, qui s’avancent le long de la route blanche ombragée de figuiers, là où des garçons jouent dans la poussière – des garçons nus ; et des outres gonflées de vin pendent aux portes des tavernes. J’étais à Rome en voyage avec mon père pour Pâques ; et on portait l’effigie tremblante de la mère du Christ, brinquebalante dans les rues ; on voyait aussi passer l’effigie accablée du Christ dans une caisse de verre.
Maintenant, je vais me pencher sur le côté, comme si je me grattais la cuisse. Et je verrai Perceval. Il est assis là-bas, tout raide, au milieu du menu fretin. Il respire assez fort, le nez droit. Ses yeux bleus, curieusement inexpressifs, fixent le pilier opposé, avec une indifférence païenne. Il ferait un admirable sacristain. Il aurait une verge pour battre les petits garçons mal élevés. Il est de la même eau que les phrases latines sur les plaques de cuivre. Il ne voit rien. Il n’entend rien. Il se retire dans un univers païen. Mais regardez – sa main touche sa nuque. Des gestes comme celui-là rendent désespérément amoureux toute une vie. Dalton, Jones, Edgar et Bateman touchent leurs nuques de la même façon. Sans succès. »

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

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