"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

TEXTES

TRADUCTIONS

Les Vagues, de Virginia Woolf (journal de traduction en cours)

journal de bord des Vagues -34 [our lives have been gongs striking]

vendredi 18 octobre 2013, par Christine Jeanney

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(journal de bord de la traduction de The Waves de V Woolf)

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c’est le moment où Louis relève la tête
il n’est définitivement plus un enfant
il se place dans le dépassement
dans l’acte fondateur qu’il va essayer d’accomplir, acte du faire en dépit de / par-delà

et la belle image du ring of steel,
cercle de mots forgés, repris,
cercle lisse et fluide qui se réinvente en roulant,
malgré les brutes épaisses qui le feraient plier, ou le tordraient sans même le voir, malgré la grossièreté des Perceval, jongleurs d’images superficiels qui ne visent que l’admiration
et grâce à eux, aussi
eux qui, sans le vouloir, sans en avoir conscience, provoquent cette réponse de Louis,
lui donnent cet élan vital, nécessaire au dépassement

(work in progress toujours)

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« Maintenant, dit Louis, avant que nous nous levions, que nous partions prendre le thé, laissez-moi essayer de fixer l’instant, dans un effort, une suprême tentative. Il faut que cela reste. Nous allons partir, quelques-uns pour le thé, d’autres vers les filets ; moi pour montrer mon travail à M. Barker. Cela va rester. Morcelé par la discorde et par la haine (je méprise les amateurs de métaphores – l’influence de Perceval m’exaspère profondément) mon esprit se rassemble sous une perception neuve. Je prends les arbres et les nuages à témoin de ma totale intégration. Moi, Louis, moi, qui vais marcher sur la Terre pendant les soixante-dix ans qui viennent, je renais entièrement, hors de la haine, hors de la discorde. Ici, dans ce cercle d’herbe, nous nous sommes assis ensemble, liés par la force terrible d’une puissance intérieure. Les arbres se balancent, les nuages passent. Le temps approche où ces soliloques seront partagés. Nous ne résonnerons plus comme un gong frappé par une sensation, puis par une autre. Enfants, nos vies n’ont été que des gongs que l’on frappe ; cacophonie et vantardises ; pleurs de désespoir, coups sur la nuque dans les jardins.
Maintenant, l’herbe et les arbres, le vent qui fait naître des espaces vides dans le bleu qu’il recouvre, secouant les feuilles qui reprennent leurs places ensuite, et ce cercle ici, nous assis, les bras passés autour de nos genoux, tout cela indique un ordre neuf, meilleur, qui fait sens pour toujours. Cela je le vois pendant une seconde, et j’essaierai ce soir de le fixer en mots, d’en forger un cercle de métal, même si Perceval le détruit en se levant, balourd, écrasant l’herbe, le menu fretin trottinant servilement derrière lui. Et pourtant, c’est de Perceval dont j’ai besoin ; car c’est Perceval qui inspire la poésie. »

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Now let me try,’ said Louis, ‘before we rise, before we go to tea, to fix the moment in one effort of supreme endeavour. This shall endure. We are parting ; some to tea ; some to the nets ; I to show my essay to Mr Barker. This will endure. From discord, from hatred (I despise dabblers in imagery — I resent the power of Percival intensely) my « shattered mind is pieced together by some sudden perception. I take the trees, the clouds, to be witnesses of my complete integration. I, Louis, I, who shall walk the earth these seventy years, am born entire, out of hatred, out of discord. Here on this ring of grass we have sat together, bound by the tremendous power of some inner compulsion. The trees wave, the clouds pass. The time approaches when these soliloquies shall be shared. We shall not always give out a sound like a beaten gong as one sensation strikes and then another. Children, our lives have been gongs striking ; clamour and boasting ; cries of despair ; blows on the nape of the neck in gardens.
‘Now grass and trees, the travelling air blowing empty spaces in the blue which they then recover, shaking the leaves which then replace themselves, and our ring here, sitting, with our arms binding our knees, hint at some other order, and better, which makes a reason everlastingly. This I see for a second, and shall try tonight to fix in words, to forge in a ring of steel, though Percival destroys it, as he blunders off, crushing the grasses, with the small fry trotting subservient after him. Yet it is Percival I need ; for it is Percival who inspires poetry
.’

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

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