"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

TEXTES

AUTRES TENTATIVES //

[Oblique (textes /premier jet)]

parfois je la vois bien

lundi 21 octobre 2013, par Christine Jeanney

tous les textes du projet /oblique


[précédent / que dans ta petite tête]


parfois je la vois bien, je la vois parfaitement, j’écris très vite ce qu’elle me dit de peur de perdre un mot pourtant je ne devrais pas, pas m’inquiéter, elle restera tant qu’il faudra, elle est patiente, elle dit mes genoux ne sont pas tordus, j’ai les jambes toutes droites bien droite, mes genoux ne sont pas tordus, elle ne pose pas souvent ses mains sur ses genoux, non ne pose pas souvent ses mains ses bras nulle part, on dirait qu’un courant électrique traverse ses mains ses bras et qu’il faut qu’ils s’activent qu’ils prennent défroissent, déplient replient lissent essuient, elle n’a ni bagues ni bracelet juste l’alliance un anneau simple, elle pose parfois ses mains comme deux animaux tristes qui doivent s’obliger au calme, comme les chiens devant les boulangeries qui attendent, le monde tassé à hauteur de ces jambes indifférentes, minois d’enfant qu’on tire, miette tombée qu’on ne ramasse pas, on hume on tord la tête en arrière, on attend, museau aux pattes, ses mains attendent de reprendre, reprendre, défroisser lisser plier déplier retendre, elle restera assise là tout le temps nécessaire et même plus, tout le temps qu’il faudra, elle peut, elle dit mes jambes sont bien droites, ça va bien, j’ai mal, j’ai mal un peu et puis ça passe je n’ai pas les genoux tordus, l’homme arrêté, le Protégé, c’était son frère, elle prononce le mot frère bizarrement, comme un accent léger, un é qu’elle accentue ou qu’elle aurait du mal à dire, un bégaiement, ce n’est pas que le mot la gêne, c’est qu’elle ne voudrait pas être maladroite et le casser, ou c’est un mot qui brûle, un mot spécial et elle le prononce bizarrement, parfois avec la tête oblique à cause du poids, elle n’a pas les genoux tordus, elle aussi s’appelle ’avec l’ange’, elle pense que ça la protège, un peu, elle me raconte pour la centième fois l’histoire de la petite couverture blanche, je ne la comprends que maintenant


[suivant / il y aurait quelqu’un]


.

(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

Messages

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.