"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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[Oblique (textes /premier jet)]

qui s’est mis à côté

mercredi 23 octobre 2013, par Christine Jeanney

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qui s’est mis à côté de moi et me tance avec pas de ’peut-être’, et qui me dit que je vais vite, trop vite, je ne sais pas quoi répondre /
le fond d’aluminium une fois débarrassé des pâtes est tiraillé de lignes comme des larmes obliques que l’huile d’olive recouvre comme des taches d’essence, c’est irisé et c’est violet, un homme obèse joue du piano, il a des mains si délicates, colorature, sur la voiture de la coiffeuse à domicile, ‘technicienne en colorature’, dépasser la voiture et avancer silencieusement, ce qui trotte dans la tête pendant qu’on passe, le tronc blanc d’un bouleau se couche oblique et on dirait qu’il va tomber, un moteur récurrent pousse et bouscule remonte du ventre par hoquets réguliers et longs
entendre des gens, pontifiants, harassants, à peau étanche et sans aucune fêlure, leur peau étanche ne fera pas rentrer de sel, prennent des postures, cette pression sur eux de l’idée qu’ils se donnent, ça doit être constant, harassant, et le costume carton qu’ils portent patiné d’être utile, usage intense, ils lancent des phrases obliques qui parlent de danger et de risques encourus, quels risques, ils brament assis dans la chaleur ou la fraîcheur le ventre plein, c’est aussi la question de l’air de l’espace que tu prends quand tu clames le danger inexistant, car les autres petites voix ont encore moins de place, faire de la place aux voix est difficile dit la voix à côté de moi, l’oblique les attrape par la manche les tire par les cheveux, les traîne, traîne leurs ongles sur le sol qui glissent petites voix défaites, petites voix inconsistantes, il était cordonnier et réparait les scarpe, il avait un accent à couper au couteau venait d’un village en montagne et des couteaux il en avait un dans sa poche pour couper le bois le fromage la ficelle et le pain, il a vu le portrait du roi, son profil sur les pièces d’un centime, mais il ne lui a pas écrit, ni aux gens du gouvernement, pourtant il aurait pu leur dire Piantiamo grano ma non mangiamo pane bianco. Coltiviamo la vite, ma non beviamo il vino. Alleviamo animali, ma non mangiamo carne [1], ce moteur récurrent qui pousse et bouscule les hommes, les déplace, infiniment, sur toutes les plages dans tous les ports, lui il ne savait pas écrire, et il n’a pas non plus chanté e non voglio più servir no, no, no, no, no, no [2] mais il chantait, ça il chantait addio mio sogno et la la la quand il ne savait plus les paroles / tu vas toujours trop vite dit la voix de quelqu’un assis à côté de moi, tu vas si vite qu’on ne comprend rien, je sais, c’est que ça se bouscule et puis surtout, surtout, en allant vite, trop vite, je crois que j’ai un peu moins peur, mais tu rêves répond la voix en perpétuelle métamorphose assise juste à côté et qui vient de se modifier


[suivant / je vais trop vite]


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[1Nous plantons le blé mais nous ne mangeons pas de pain blanc. Nous cultivons la vigne, mais nous ne buvons pas de vin. Nous élevons du bétail mais nous ne mangeons pas de viande (lettre d’un émigrant italien à un ministre)

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