"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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[Oblique (textes /premier jet)]

la langue, les langues

samedi 26 octobre 2013, par Christine Jeanney

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la langue, les langues de là-bas je ne savais pas, dal basso verso l’alto, les mots appris sans savoir, j’ai en bouche – bouche ouverte, l’étonnement, toujours et constamment sans cesse – dans la salle à l’étage au lycée toutes ces constructions douces qui me sont familières, sonnent gracieuses à l’oreille abbastanza, peccato, piacere, notte, sole, et le cioè en ponctuation, qui dit oui, qui dit c’est-à-dire, qui dit tu vois, qui dit en plus, qui dit parce que et qui invite, scintille, il cuore aussi qui bat, abbastanza, je chaloupe avec les constructions, j’approche de la conjugaison, le pronom est mangé par le verbe, comme c’est bien fait, je m’émerveille sans rien savoir de cette histoire de mots, mémoire de mot, tiges des mots inclues, intrinsèques, fondements, socles, cette germination du passé, ancienne plante sur laquelle je marche et qui vient d’apparaître nettement – seulement maintenant, tant d’années depuis, en enfilade – plante retrouvée, débarrassée de la jungle de bricoles et scories qui la recouvrent, j’ai fait du ménage au jardin, c’était facile, il suffisait de repérer l’oblique et de laisser venir quelqu’un là, assis à côté de moi et qui parle
je note, il faut être attentive, la voix n’est pas toujours très claire, parfois elle répète en boucles, parfois elle parle bien trop bas, d’autres fois sa bouche se déforme, un dégoût, un sanglot, un souvenir indicible, elle devient vague, elle évoque sans qu’on puisse distinguer quoi que ce soit, et d’autres fois elle ne dit rien, lèvres pincées, une fente, ou elle parle de choses qui n’ont pas d’importance pour recouvrir ses traces, petit balai qu’elle manipule pour brouiller ses empreintes, Baba Yaga aussi faisait ce genre de choses, sifflant son mortier qui arrive ventre à terre, elle saute dedans, jouant du pilon et effaçant ses traces avec son balai, mais méchamment, elle s’élança à la poursuite de la petite fille, furieusement, pas elle elle (la voix de la petite couverture blanche) elle ne possède rien de tranchant ni qui abîme, même lorsqu’elle se met à laminer, à nier, réprobatrice Ces gens-là ne sont pas intéressants dit-elle, ensuite elle fait semblant de rien ou se retire, rejette, regrette ou n’offre pas de prise, petit poisson instantané qui veut faire durer, durer, elle le répète, elle restera tout le temps qu’il faudra


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