"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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[Oblique (textes /premier jet)]

cette voix, la voix de ce quelqu’un

mercredi 30 octobre 2013, par Christine Jeanney

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cette voix, la voix de ce quelqu’un assis juste à côté de moi, cette voix n’est pas la même, cette voix change, cette voix inaudible, cette voix se tait, cette voix n’est plus une voix, cette voix est une forme, cette forme est déformée, il faudrait – ce serait – il faudrait – rester à côté sans parler en espérant que c’est utile, prendre sur soi en s’armant de patience – en s’armant – mieux vaut fuir que s’armer – et écrire sans se retourner et fuir, écrire et fuir sans se relire, une échappée, fuir chaque mot enchaîné au dernier dans un sursaut dernier élan sans se relire ni revenir en arrière atteindre le rebord le bord et embarquer dans la toupie fermer les yeux sur le manège tourner, tourner, c’est ça, ce n’est que ça, ça n’a toujours été que ça, que ce trajet ondulatoire et circulaire qui ramène tout au même endroit, écrire fuir le même mot par-dessus le suivant, qui revient à sa place et s’ajoute, et les autres entassés sur les autres et les suivants, et les mêmes mots, toujours à la même place, les mêmes mots au-dessus des mêmes mots qui s’empilent, se recouvrent de ceux qui précèdent, ça devient illisible ou lisible peu importe, c’est toujours le même mot et encore le même texte, répété, se recouvrant lui-même de lui, s’imaginant qu’il part explore un nouveau lieu qui n’est que le dernier vécu ou le premier ou peu importe, le même texte se recouvre des mêmes mots, une bouillie, bouillie de voix qui arrivent de partout et n’indiquent pas de directions car elles sont inconscientes, réellement inconscientes – ne savent pas dire, ni dire ni faire, n’anticipent aucun résultat – tu en prends une, une parmi toutes, tu lui demandes de te sauver peut-être, de te sauver – il n’ y a pas de peut-être
ce sont des voix d’enfants et ils chuchotent, ils se chuchotent entre eux des secrets des comptines en italien et en français, des enfants du même âge, pères et mères et grands-pères et la vieille avec l’âne et ils ont tous cinq ans, toute une lignée, tous regroupés, le nez penché par-dessus la fontaine, occupés à en rire, se bousculer, se reconnaître, à faire flotter de petites branches et couler de petits cailloux, ils se reconnaissent d’entrée, le fils le père et le grand-père, mon fils mon grand-père et ma mère ma fille tous au même âge, tous assemblés, de même corpulence la même forme de tête, le même front le même menton, la forme des yeux identique, et pourtant différents, uniques par des détails, ils bougent leurs bras ronds et parlent vite, ils sont bavards, s’échangent des cailloux, leurs favoris, se montrent leurs égratignures, parlent tous en même temps parce qu’ils se reconnaissent d’entrée et pour la vie comme font les enfants


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