"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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une fois la voix dissoute

vendredi 1er novembre 2013, par Christine Jeanney

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une fois la voix dissoute - cette voix acerbe qui ne m’apporte rien - une autre voix arrive, juste à côté de moi, voix inconnue, voix sans piquants ni arêtes tranchantes, une voix calme, la voix de quelqu’un qui observe, organisé, qui voudrait commencer par le début, et pourquoi pas - il n’y a pas de début, pourtant, pas de début visible -
une voix qui voudrait se saisir du fil le plus ancien, ce rêve qu’elle a, une voix qui farfouille dans ce qu’il y a derrière, c’est étonnant - derrière devant, il n’y a pourtant pas de sens, pas de plan -
une voix qui ne joue pas autour de la fontaine mais qui passe à proximité et sous la porte Souabe - c’est ce nom qu’on lui donne - porte de pierre, une porte ébouriffée de lattes de bois qui se délitent en éventail sur sa tête car elle est descellée du reste, il y manque la tourelle, le rempart, le mur, il manque la citadelle, le garde, le droit de passage, la porte Souabe est incomplète, symbolique, une arche seulement, avec le ciel dessous, des marches, un escalier y passe, symbolique lui aussi, des marches infimes, peu dénivelées, des marches feuillets sous cette porte qui ne fait pas fonction de porte puisqu’elle ne ferme pas, une porte à la Magritte, Ceci n’est pas une porte mais une veine coupée dans la montagne, la porte effilochée, coiffée de bois et accoudée au mont, regarde venir sous elle la vieille avec son âne, Ceci n’est pas un escalier, ceci une avancée, de quoi longer l’oblique et le contrer avec tous ces détails à assembler, il faudrait aller voir, dit la voix, aller sur place, toucher les pierres, passer dessous, s’adosser à la porte Souabe en la touchant, respirer l’air à cet endroit ou le réinventer, c’est impossible, et c’est possible si j’écoute ceux qui sont assis là à côté de moi


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Messages

  • oui, alors écoute : on prend le tramway 12 (jaune et noir, il a les mêmes couleurs que les taxis de Barcelone, tu comprends, il n’y a pas de hasard), je crois que c’est l’arrêt rua del Concéçao, au droit du 6, devant ce magasin qui vend des statues de la Vierge de toutes les tailles, des Santa Maria phosphorescentes aussi bien, des cartes postales et à côté une pâtisserie, toute petite, une marquise mauve quelque chose, en bas, près de la place du Commerce, juste en bas, et arrivé sur la place, on descend largo Portas do Sol ("place de la porte du Soleil" quand même) , là un bar café est à ciel ouvert sans salle, tu vois, la salle c’est le trottoir, la place, c’est dans dans les verts, la statue de je ne sais quelle outrance (la cathédrale est là au fond de l’image) et en laissant sur sa gauche le café, on parvient à une sorte de terrasse, un point de vue, et là, ce sera toute l’Alfama qui descend en pente brute vers le Tage qui s’étale et s’il fait doux comme le soir, vers neuf heures en juin, ce n’est pas, évidemment, le paradis, mais ça a quelque chose, cette découverte, quelque chose qui, si on se penche un peu, qu’on regarde au loin, vers la droite, vers l’ouest, là où va se coucher l’astre, tout à l’heure, vers l’embouchure et l’océan, alors là, oui, là, tu vois, on sait qu’on a quelque chose à faire sur cette terre, quelque chose, voilà, c’est là

  • et voilà que Piero donne une porte, mais je ne suis pas sûre que ce soit celle que j’imaginais, ou dont j’imaginais l’air
    seulement l’ayant lu je ne sais plus, je crois que je mélange des portes Souaben me retourne vers la vieille, elle sourit et ne répond pas

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