"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

TRADUCTIONS

Les Vagues, de Virginia Woolf (journal de traduction en cours)

journal de bord des Vagues -36 [Moi, je ne rêve pas]

mercredi 6 novembre 2013, par Christine Jeanney

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(journal de bord de la traduction de The Waves de V Woolf)

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’I hate the small looking-glass on the stairs,’ said Jinny. ‘It shows our heads only ; it cuts off our heads. And my lips are too wide, and my eyes are too close together ; I show my gums too much when I laugh. Susan’s head, with its fell look, with its grass- green eyes which poets will love, Bernard said, because they fall upon close white stitching, put mine out ; even Rhoda’s face, mooning, vacant, is completed, like those white petals she used to swim in her bowl. So I skip up the stairs past them, to the next landing, where the long glass hangs and I see myself entire. I see my body and head in one now ; for even in this serge frock they are one, my body and my head. Look, when I move my head I ripple all down my narrow body ; even my thin legs ripple like a stalk in the wind. I flicker between the set face of Susan and Rhoda’s vagueness ; I leap like one of those flames that run between the cracks of the earth ; I move, I dance ; I never cease to move and to dance. I move like the leaf that moved in the hedge as a child and frightened me. I dance over these streaked, these impersonal, distempered walls with their yellow skirting as firelight dances over teapots. I catch fire even from women’s cold eyes. When I read, a purple rim runs round the black edge of the textbook. Yet I cannot follow any word through its changes. I cannot follow any thought from present to past. I do not stand lost, like Susan, with tears in my eyes remembering home ; or lie, like Rhoda, crumpled among the ferns, staining my pink cotton green, while I dream of plants that flower under the sea, and rocks through which the fish swim slowly. I do not dream.’

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Jinny s’écarte
elle veut prendre une route unique
Jinny sera une danse, un mouvement, un reflet sur le métal poli et ventru d’une théière, un chatoiement
une flammèche, intouchable, aérienne
pour rester vive, légère, fine, Jinny doit se délivrer du passé
(ce que Susan ne sait pas faire)
elle doit aussi se délivrer de ce réel figé, lourd et laid qui l’entoure - ce réel si rude/rugueux pour Rhoda -
et en le dépassant, s’élever au-dessus de lui, dansante
(work in progress toujours)

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« Je déteste le petit miroir dans les escaliers, dit Jinny. On n’y voit que nos têtes ; nos têtes sont coupées. Et mes lèvres sont trop larges, mes yeux trop rapprochés ; je montre trop mes gencives quand je ris. La tête de Susan éclipse la mienne, avec son air farouche, avec ses yeux vert prairie qu’aimeront les poètes, Bernard le dit, lorsqu’ils se plissent devant sa broderie blanche ; même le visage de Rhoda, lunaire, vide, est complet, autant que ces pétales blancs qu’avant elle faisait flotter dans sa bassine. Alors je saute les marches pour les dépasser jusqu’au palier suivant où est accroché le long miroir, et je peux me voir entièrement. Je vois mon corps et ma tête d’un seul tenant maintenant ; même avec cette robe de serge, ils ne font qu’un, mon corps et ma tête. Regardez, quand je bouge la tête je fais vibrer mon corps mince, entièrement ; même mes jambes fines vibrent comme une tige sous le vent. Je palpite entre le visage fixe de Susan et le flou de Rhoda ; je bondis comme une de ces flammes qui courent entre les crevasses de la terre ; je bouge, je danse, je n’arrête jamais de bouger, de danser. Je bouge comme dans la haie bougeait cette feuille qui m’effrayait, petite. Je danse sur ces murs rayés, impersonnels, ces murs badigeonnés avec leurs plinthes jaunes, comme la lumière du feu danse sur les théières. Je capture le feu, même dans les yeux froids des femmes. Quand je lis, une bordure pourpre court autour de la marge des livres de classe. Mais je ne peux pas suivre chaque mot à travers ses changements. Je ne peux pas suivre une pensée du présent au passé. Je ne suis pas perdue, immobile comme Susan, des larmes dans les yeux en me souvenant de ma maison ; ou, comme Rhoda, toute chiffonnée dans les fougères qui tachent de vert le coton rose, avec des rêves de plantes qui fleurissent sous la mer et des rochers où les poissons nagent doucement. Moi, je ne rêve pas. »

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

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