"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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[Oblique (textes /premier jet)]

Une giornata pour prendre soin

samedi 9 novembre 2013, par Christine Jeanney

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Une giornata pour prendre soin, prendre soin d’elle et soin du reste, une flûte toute neuve, hummel trio per flauto, une photo d’elle dans une barque, années cinquante, son visage familier inconnu, messiaen oiseaux prélude la colombe six petites esquisses d’oiseaux, elle a planté devant sa porte de minuscules érables du Japon.
Elle prononce le mot Japon comme on répète un mot phonétiquement dans une langue qu’on ne maîtrise pas, on reproduit ces sons dénués de sens avec l’air de découvrir un assemblage déraisonnable et mal commode, dans l’attente qu’une oreille extérieure valide et trouve ça justifié – j’écris dans une langue étrangère, je demande des renseignements – son monde rétréci, arrondi autour d’elle, et chaque pièce de sa maison se resserre progressivement, ces bibelots qu’elle ajoute, les places qu’elle leur trouve, immuables, ils s’installent à perpétuité, elle réfléchit beaucoup avant de décider, attentive à ce qu’ils s’agencent et se répondent – c’est silencieux ici – l’espace mangé de pots de vases de fleurs d’oiseaux de bois, l’autre fois un oiseau automate dans l’entrée qui saluait et chantait et répétait en boucles – elle répète souvent, elle parle fort, le son de la radio au maximum, si silencieux ici qu’il faut bien faire le bruit soi-même – son monde allant rétrécissant, si bien que le Japon est sûrement dans son esprit une terre imaginaire, peuplée de masques nô et d’ombrelles décorées de dragons. Les érables minuscules viennent de là-bas, viennent de si loin qu’il faut en prendre soin - une giornata pour prendre soin, lettre envoyée colis posté, des gouttes magiques qui stoppent les douleurs – je n’ai pas les genoux tordus – des photos de frères de cousins, maria colombo vêtue de noir yeux plissés dans la fresque, le linge sèche en arrière plan.
Une corde est tendue mais on ne peut pas voir à quoi elle s’attache. Le soleil frappe en plein, frappe en plein les pierres blanches, éblouissantes derrière maria en longue robe noire. L’oblique, l’oblique du temps a fait des taches d’encre sur un côté et a écrit 1935 en diagonale. L’oblique impose aussi le noir et blanc mais sans y réussir vraiment, le soleil frappe en plein ce jour-là les pierres sont toujours lumineuses, 2013, tellement blanches, colombo messian oiseaux prélude. Ses deux mains sont posées l’une sur l’autre devant sa robe, mains blanches sur robe noire – j’écris dans une langue inconnue, je demande des renseignements – il a plu aujourd’hui. On ne peut pas faire de spolvero avec la pluie, la dessiner puis piqueter la feuille, appliquer du charbon de bois, chaque goutte suspendue et saisie, on ne peut pas. Elle le disait, elle disait bien que le feu, le feu on peut toujours l’éteindre, mais l’eau tu vois on ne peut pas l’arrêter.


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