"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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[Oblique (textes /premier jet)]

Une portion de la giornata

dimanche 1er décembre 2013, par Christine Jeanney

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Une portion de la giornata où toutes les voix indiqueraient une souvenance, une intention / les partitions sans temps des clavecins, comme les mots, l’agencement qui convient le mieux dans sa cohérence, sa justesse / avec des vides qu’on laisserait apparents / qui feraient sens / l’agencement, son accord harmonique à notre histoire, mais pénétré de l’histoire de l’autre, puis de l’autre plus loin, puis de plus loin encore / là-bas, sur le mont comme un mamelon, le roc / un plan est sculpté dans le roc, avec des lignes noires et des chiffres /c’est un plan de machine électrique, hydraulique, plan mécanique, avec des broches et des intersections / un plan qui ne donne pas de clés, qui n’a pas de tempo, qui pourrait être ancien, mystérieusement précolombien / ou dater de quelques années à peine / un plan qui n’indique pas de route / un plan qui s’exerce tout seul, et pour lui même / qui n’est d’aucune utilité / pas de titre, pas de destinataires / un plan sculpté sur le roc du mont comme un mamelon, un plan posé sur la montagne / comme un papier oublié sur un banc, un message que personne n’explique / sur l’acte de naissance de Mariano, son père, Guiseppe, déclare être cordonnier et habiter via Maggiore al numero sessanta, là où vivra ensuite son fils, cordonnier à son tour / écriture penchée, B majestueux et f nerveux, la ligne du d qui se jette en arrière comme une corde lancerait un grappin / Guiseppe, di anni trentacinque, est né en 1854, comme Oscar Wilde, Baudelaire traduit Edgar Poe, Schumann sort de chez lui sous la pluie, en pantoufles, traverse la ville tout courant, c’est ce qu’on dit, pour aller se jeter dans le Rhin, ce qu’on prétend, prétendument fou, on l’interne, il entendrait des sons ainsi qu’une suite de notes, Geistervariationen, Clara disperse les enfants de son fils Ferdinand, il y a des brisures, des points de non-retour, des broches incomplètes et des culs-de-sac, sur le plan sculpté du rocher / Guiseppe a sept enfants dont les prénoms se suivent jusqu’au 30 juin 1913, et c’est simple de suivre la coulée descendante, figlio, figlia, mais Guiseppe n’est le figlio de personne, cela se voit dans la colonne Relazione di parentela o di convivenza, c’est difficile de déchiffrer, peut-être figliaccio, sans être sûr des quatre dernières lettres, et les noms qui précèdent, le premier et sa moglie, reliés à lui, ne portent pas son nom de famille, il est le premier ’avec l’ange’, fils de sa mère, pas de son père, quel est l’ange passé par là, des brisures, des points de non-retour, des broches incomplètes et des culs-de-sac, sur le plan sculpté du rocher / filleul ou adopté, illégitime, une fumée, le rideau baissé et on ne voit pas les coulisses / avec des vides qu’on laisserait apparents / couvrir les vides n’empêche pas qu’ils restent / technique de la fresque : sur un mur, sain et robuste, l’artiste prépare un mortier à base de chaux et de sable, qu’il étale par la suite en le laissant rugueux (d’où son nom arriccio) / arriccio, une fois la main passée dessus on trouve des égratignures, des pans de vide entiers, l’oblique, de l’oblique s’infiltre / des brisures, des points de non-retour, des broches incomplètes et des culs-de-sac, sur le plan sculpté du rocher / de l’oblique infiltré, comme de la moisissure / l’oblique pense triompher / les gens sont comme de l’eau je pense, on ne peut pas les arrêter, les voix sont comme de l’eau


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