"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

TEXTES

TENTATIVES PONCTUELLES //

[origami]

L’homme au costume sombre

dimanche 8 juin 2014, par Christine Jeanney

...

(série Origami : un homme rencontre un homme qui rencontre un homme, etc,
chacun se trouvant dévié de sa trajectoire initiale)

...

...

...

...

...


[antérieurement]...pouvaient à tout moment constituer une gêne et provoquer chez lui un mouvement d’impatience rageuse, tant à ses yeux ne comptaient plus que le fil et sa danse.

L’homme au costume sombre se retourna à plusieurs reprises. La première fois, ce fut sans y prendre garde. Puis, à cause de cette présence constante, il se mit à jeter de rapides coups d’œil derrière lui à intervalle régulier. Il ne rêvait pas. Un homme le suivait. Un homme maigre, portant une sacoche en bandoulière. Un inconnu. Jeune, assez mal coiffé selon lui. Et si T avait engagé quelqu’un ? C’était la seule explication. Il hésita. Devait-il s’arrêter et chercher la confrontation, ou faire semblant de ne rien voir ? Qui sait ce que T avait planifié.
Il changea de trottoir et s’engagea dans une rue au hasard. Il avait chaud, l’anxiété sans doute. Et puis il n’était pas encore guéri. Le jeune homme aux cheveux hirsutes ne le lâchait pas d’une semelle. Il voyait son visage se refléter dans chacune des vitrines qu’il longeait.
Aucun doute, ce n’était pas une coïncidence. Et cette fixité dans le regard qui ne présageait rien de bon.
Il fallait qu’il parte. Définitivement. Il prendrait le premier train, la première destination. La gare n’était pas si loin, il pourrait l’atteindre en quelques minutes. Il tenterait de semer l’inconnu une fois là-bas, dans la foule des départs en vacances. Ensuite, il trouverait bien un endroit, une chambre quelque part. Il s’arrangerait avec P pour se faire livrer ses affaires. Quelques vêtements de rechange, et les papiers bien sûr. Il fallait avant tout récupérer le dossier, les photos. Il suffirait d’indiquer à P l’endroit exact, la latte de plancher descellée. Il avait confiance. P ne poserait aucune question.
En montant dans le train de 10h06 à destination de M, il vit que ses mains tremblaient. Il vérifia dans la poche intérieure de sa veste qu’il lui restait bien une boîte de comprimés, et sentir l’emballage sous ses doigts le calma presque instantanément. Le compartiment était bondé. Une place côté couloir était libre, il avait de la chance. L’idéal lorsqu’il faut se lever rapidement.
Il surveilla l’entrée du wagon et la petite portion de quai visible par la fenêtre avec sa ribambelle de têtes toutes différentes, jusqu’à ce que le train se mette en marche. Il sentit ses poumons se remplir d’air à nouveau, sa nuque se décrisper, et sa mâchoire se desserra enfin. Croisant les jambes pour s’installer tout à son aise, il vit qu’un fil dépassait du bas de son pantalon. Il tira dessus d’un coup sec et le froissa en une minuscule pelote qu’il fit tourner entre son pouce et son index un long moment, perdu dans ses pensées, avant de la jeter, un geste machinal, à l’instant même où l’homme, assis à côté de lui, grommela quelque chose qu’il ne comprit pas.


[ensuite]...— Chimborazo, répétait-il, Chimborazo..

...

.

(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

Messages

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.