"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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AUTRES TENTATIVES //

[à l’intime (et roumégations)]

journal de l’obligation de tomber

mardi 1er juillet 2014, par Christine Jeanney

l’écrire-contrainte, la contrainte mais d’une drôle de manière - le mécanisme, la mécanique sont des béquilles, pas des finalités - se contraindre, la contrainte comme une définition de l’aire à investir, et bizarrement à l’intérieur les choses apparaissent élastiques - l’intérieur constellé de bulles qui dérouteraient la densité, seraient espaces limités mais plus larges qu’il n’y paraît, plus resserrés, des bulles pointues, des bulles garnies de griffes, des bulles plates concaves convexes fumerolles tiges de bambou (cette métaphore complétement zwim, une ’bulle tige de bambou’ c’est tiré par les cheveux) - une fois passé ce cap, une fois constaté que les bulles n’en veulent faire qu’à leur tête, la contrainte prend sa place juste, sa place de contrainte et rien de plus, n’est rien qu’un prodédé, une procédure qu’il aura fallu retourner sur le sol pour qu’elle soit sage (la technique avec les requins, une fois sur le dos ils s’endorment, on peut leur carresser le ventre, la contrainte c’est pareil, une fois sur le dos retournée devient inoffensive, n’est plus inconfortable et elle se tait un peu, n’est plus elle qui commande - finalement, écrire sous la contrainte ce serait comme dompter (par exemple, on pourrait reconnaître un oulipien à son costume rouge et son chapeau cylindre couvert de feutre cramoisi, ses épaulettes tressées de galons d’or, pendeloques qui scintillent et font de jolis bruits lorsqu’il écrit) (ce serait bien pratique en plus d’être élégant) (à la question "qu’écrivez-vous ?" il n’aurait pour toute réponse qu’à s’avancer dans la lumière et faire claquer sa cape toréador) - la contrainte pour sortir du cliché-à-ingérer-prédigéré-ouvrez-la-bouche-faites-aah - la contrainte comme un courant d’air (mes bulles s’envolent, ma métaphore perdue) - ces derniers temps j’emballe je pense, j’emballe je n’écris pas, je pense repense à cette contrainte d’un mot par seconde, soixante mots par paragraphe, quarante-huit paragraphes par épisode chapitre, c’était une contrainte lourde, et pourtant ce qui me reste en tête dans l’après-coup est aérien, léger (pas au sens d’anodin, léger comme le contraire de gros sabots plombés) - peut-être que la contrainte dévoile autre chose que les ordres qu’elle donne, que sa structure rigide s’écarte (mais sans le dire, ce serait par esprit taquin) pour laisser voir des pans entiers de ce "chaos fertile" dont parle Kubrick, qu’il estime nécessaire à l’acte créatif - et en même temps je sais que c’est ’chacun pour soi’, chacun ses contraintes personnelles, choisies subies visibles explicites ou sous-entendues, pas de règle, pas de dogme, chacun sa cohérence, chacun dans un carton avec son matériel - j’emballe les miens et à mesure je les regarde puis je passe au suivant j’emballe, comme ça j’emballe aussi l’écrire, le garde pour plus tard (la chute est longue, c’est bien)(comme ça on a le temps de voir du paysage en écoutant Fauré)


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Messages

  • ("la chute est longue hélas et j’ai lu tous les livres") (c’est une citation spéciale contrainte) (ou "emballez c’est pesé", je ne sais pas bien) (moi la contrainte 1 mot/60/48 je la vois surtout dans la voiture (une Morgan, je crois me souvenir) et dans le coup de poing sur la table car "tous les gouvernements ont leur service secret, en Amérique c’est la CIA, en France le 2° Bureau, en Angleterre le M5... Oh je me présente, mon nom est Drake, John Drake", pour moi ces mots de ce héros qui n’était pas encore prisonnier, mais dont la destination était "Danger" avais-je seulement dix ans ? mais ce ne sont que des souvenirs, ceux que je garde de mon père, les années soixante, la belle vie toute la vie,oh Suzy (tu te souviens, Nougaro et "les hommes noyés nagent dans leurs autos" ? ), c’est ainsi, sans un mot, que parlait ce jeune homme (je ne sais pas comment finir) non, j’ai fini

  • je t’avais lue, en pause dans une petite tempête intérieure (pas sans parenté, juste un peu plus misérable) sans trouver mots pour commenter
    juste laisser cela venir se coucher sur mon fatras

  • sois sage ô ma contrainte et tiens-toi plus tranquille... j’ai relu ta préface pour "lotus seven" que tu mets en lien et celle-ci qui m’emballe autant que tu emballes avec tes métaphores complètement zwim... je la relirai !

  • Merci de vos gentillesses à tous
    (ah c’que c’est bien de vous lire :-))

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