"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

FRICHE

TENTATIVES PONCTUELLES //

[Hachèmes]

Hachème du grand canal

samedi 30 août 2014, par Christine Jeanney

- au rythme d’un par jour -
- tous les hachèmes ici
-

Quelquefois il y est. D’autres fois,
il n’y est pas. C’est un canal,
un grand canal. Il coule
sous la maison. Je prétends le contraire, mais non.
Un grand canal, gros comme une veine traversante
battante et muette
à l’envers   sous les fondations.

D’abord il faut allumer la lumière.
Il faut faire attention.
On ne descend pas
comme ça en bas. Les murs
accrochent des toiles
d’araignées aveugles qui somnolent.

Tout au fond la peau y est toute retournée, et fine,
profond, profond,
sanglante.

Le canal s’est creusé un centre
au centre de l’asymétrie. Il est sombre,
sans reflet et il fuit.

Quelquefois je descends - et malgré la lumière - c’est creusé si profond qu’une sorte
de brouillard le prend,
incidemment, le grand canal.
Ça désempare. Rendez-le-moi, je demande au brouillard
(je lui dis vous, il a l’air si nombreux)
Il tourne ses têtes dissipées, distraites - un flou de déplacement -, et
me le rend.

Je ne demande pas mon reste - peur
qu’il ne reste rien, ou
presque    rien,
rien que la peur.

Je ne descends pas souvent, car c’est beaucoup d’efforts
- quelquefois il y est, d’autres fois pas.
Tant de formes, tant de couleurs m’empêchent.
Ou c’est que je préfère prendre le doux ici
(comme on dit prendre le soleil),
loin du canal
- en attendant de retourner l’étreindre,
goûter l’heure rayonnante sur son
visage
auréolé de mousse.

.

(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

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