"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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TENTATIVES PONCTUELLES //

[Hachèmes]

Hachème botanique

vendredi 5 septembre 2014, par Christine Jeanney

- au rythme d’un par jour -
- tous les hachèmes ici
-

La Terre est
creuse.

Sous sa coque
craquelée
elle possède un paysage interne secret,
fait de continents et de mers bosselées,
de bosquets étalés et cætera.

J’y ai vu des végétaux acides
déroutants,
des mousses hépatiques,
de somptueux soleils, des tentacules rampants aux nuances de gris jusqu’à plus soif.

Le Firouet,
qui s’enfonce en s’agrippant aux rocs,
est une plante dégrimpante.
Il peut descendre des décennies,
voire même des siècles, sans jamais remonter
à la surface car au dernier moment
il tourne.

La
Libambre
ne possède ni fleur ni couleur,
mais des feuilles resserrées
en flûtes,
alignées
toutes
verticalement.

Le Plesse ingrat
balance ses graminées au bout de longues tiges phosphorescentes,
qu’il replie en colimaçon dès qu’on le touche.

Le Méflier produit la nuit
une matière
visqueuse qui rend la marche
dangereuse.
La journée il s’assèche
avant de dégorger le soir.

La Vaine s’accroche à qui la serre trop près comme un enfant en mal d’amour, et c’est ainsi
qu’elle se ressème.

Le
Tourbe,
aux racines apparentes qu’on dirait faites de moleskine,
et le
Bollant, ne sont pas faciles à trouver.
Ça dépend des saisons,
car il y a des saisons là-bas.

L’hiver suinte de pluies
et l’été c’est jachère.
Le sol est un ciment de grains,
ronds comme des billes,
ou bien oblongs à peau tendue,
gonflés de sucs
- le vent ne les soulève pas,
il n’y en a pas.

La Guinde range ses cavités étagées en spirale
et y loge ses fruits,
il n’y a qu’à
se servir.
Il ne faut pas la confondre
avec la Guinde commune,
une variété plus haute, équipée d’opercules coupants
- à peine le doigt entré qu’ils se referment et
pourraient le trancher.

Il y a des lichens abandonnés, d’autres qui laissent
des plaintes s’échapper et cela donne au paysage quelque chose d’absurde et de vibrant. Au printemps apparaît le
Libarusque épais dont les bourgeons éclatent et l’on sursaute. On dirait qu’il tousse ou qu’il se mouche.
On se frotte les yeux, les oreilles et le cou
en remontant à la surface.
Ça ne chasse pas le bruit pour autant.

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

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