"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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TENTATIVES PONCTUELLES //

[Hachèmes]

Hachème en plein ciel

mardi 9 septembre 2014, par Christine Jeanney

- au rythme d’un par jour -
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Sur la tige d’un lampadaire, celui-ci tient debout. Il suit les lignes électriques, bon’an mal’an, mais pas seulement. Se repose sur le v inversé des toitures et dans le u des chapiteaux s’allonge. Sur les majuscules girouettes il tourne - celle au cheval noirci, celle au profil de laboureur. Ses bras s’étirent - il le faut bien - périodiquement, selon des données obsolètes, à cause du vent. D’une cime à l’autre, il saute en prenant de l’élan, un mât, une gouttière, et la tête des sapins - pourvu qu’elle ne plie pas. Il est possible qu’il monte. En tout cas, vu d’ici, on dirait qu’il s’élève. Ou c’est nous qui plongeons, plongeons, plongeons plus bas, comment savoir. Les proportions, la perspective - très respectables au demeurant - sont des sciences cyclothymiques. On croit marcher, alors qu’on tombe. Le minuscule au bout de l’ongle pèse aussi lourd que le rocher. Moi qui vous parle, j’ai vu de petites coupures (elles étaient loin) trancher quelqu’un profondément, des entailles comme des ravins. J’ai vu des gens se promener avec le coeur tout arraché. Celui-ci tient debout, il prend appui sur ses barreaux, sur le front nuageux. Une question d’échelle.

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

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