"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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TENTATIVES PONCTUELLES //

[Hachèmes]

Hachème de mes statues

vendredi 12 septembre 2014, par Christine Jeanney

- au rythme d’un par jour -
- tous les hachèmes ici
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des statues j’en ai plusieurs, mais ce sont surtout des morceaux
un pied, pied de marbre, à l’orteil on aurait accroché une étiquette,
une mentonnière de marbre couvre un menton de même matière
je voudrais l’embrasser
des chaussures de marbre, un chapeau coloré car le marbre on l’a peint, les dents de devant écartées
je voudrais caresser sa manche
un morceau d’avant-bras, un doigt recourbé michelange, de petites miettes de marbre sur son entour
un socle auquel il manque le reste, ou il s’élève en drapé bas incomplet
une colonnade, ses creux sculptés verticalement allongés comme il faut près d’un banc
des tiges de fer dépassent, rouillées, des griffes gelées de sable roux dans la pierre
sûrement, il y a longtemps, tout était droit, debout, sans creux dans les visages
ma galerie de statues, en ce temps-là, se colorait de lumière rose, sûrement le soleil couchant passant par les vitraux, comme un brouillard léger qui s’annonçait, salle 1
mais plus j’avance, salle 2, salle 3, et moins les silhouettes gardent leur forme rassurante
un grand plumeau abime les fils d’argent du marbre, encoche, grumeleux l’épaule détruite
des vénus de milo partout, et je ne sais plus où leurs bras sont posés, peut-être là derrière le rideau rouge, peut-être dans l’entrée ou dans la salle suivante, la 5, peu importe, je n’ai pas la mémoire des chiffres
le brouillard est jaune aujourd’hui, il suffirait d’une lettre pour qu’il soit jeune et prêt à embellir
mes statues se sculptent continuellement, le plumeau au travail, je n’avais rien compris salle 1 - à ma décharge, je précise qu’il n’y a pas de guide, il faut tout commenter soi-même
si les silhouettes ne rassurent pas, c’est qu’elles n’ont pas la tête à ça - pas de têtes ? - ou plus sérieusement parce qu’elles me pensent capable de malgré tout les enlacer, elles savent
je ne crains pas le difforme - depuis qu’il me manque un morceau, l’asymétrie est devenue ma tasse de thé
il doit bien y avoir quelque part - je cherche - un homme de marbre, un soulier minéral,
je ne lève pas souvent la tête, il était cordonnier, sûrement qu’à cause de ça ce sont les pieds d’abord que je remarque - et puis je regarde le sol
souvent, pour être sûre de ne
pas manquer ce qui tombe, ventre à terre

.

(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

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