"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

TEXTES

TENTATIVES DU MOMENT //

projets/germes

[reproduction] 4

mercredi 19 novembre 2014, par Christine Jeanney


présentation du projet
[Reproduction] ic
i

texte1
texte2
texte3
(après les textes serrés les plus petits, des passages/fragments retravaillés du texte4 qui tend vers 2424 mots)

Au centre du tableau se trouve un monticule de terre, en forme de tête de sanglier qui serait venu boire, puis se serait couché ensuite, lourd de fatigue ; des herbes constellées de larmes pleurent sur lui, dans des teintes vertes et brunes, des couleurs sourdes, et sourd est ce fado façonné dans la terre en animal fantôme, ni tout à fait réel, ni inventé ; une masse cohérente de terre et de feuilles mêlées que l’attraction terrestre entraîne vers ce qui va profond ; un creusement en relief, une bosse vertigineuse au ventre de spirale enroulée sur son vide sous un visage de bête. Il a peut-être léché ses plaies, ou il attend que la nuit vienne pour s’y couler et y mourir. Mais demain le soleil revient, il n’est pas mort et il reprend sa plainte silencieuse, mortelle, comme un dieu désappris que sa malédiction poursuit. Ses pattes s’enfouissent profondément sous la roche recouverte, la pierre qu’il soulève chaque jour mangée par l’herbe et la rosée, et son foie dévoré, chaque jour présenté à la lumière. Sa peine grignote doucement le sol, incapable de fondre, incapable de le faire fondre lui aussi, incapable de rien effacer ; son dos s’élève en pente douce jusqu’à un terre-plein qui s’étale, recouvert de l’oyat des bords de mer en touffes grises ; une ligne sombre dessine son poitrail, éclate et se sépare en ombres délitées, comme essoufflées. L’une d’elle, une blessure rigide, n’en finit pas de souligner de noir l’endroit où un pied est posé, là quelqu’un, c’est une femme, assise au chevet de ce monstre. Un monstre aux oreilles couchées, son profil qui somnole, longtemps que l’animal attend, si longtemps que son corps s’est retrouvé mangé par la végétation ; ou c’est la brume, qui n’apparaît pas sur l’image, et qui le pense ; la femme se tient tout près, ce n’est pas lui qu’elle regarde.

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