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le soulèvement (7) - tentatives

"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

TEXTES

EN COURS

[le soulèvement]

le soulèvement (7)

mardi 27 janvier 2015, par Christine Jeanney

Elle longe la baie qu’elle ne voit pas. C’est caché par les haies, par ce qui est écrit sur les murs de planches, les jardins où stagnent des caravanes et des chalets hissés sur pilotis.
Elle ne voit pas depuis le haut du ciel la baie, juste derrière. Les chemins de soie entre sel et marais qui font des circonvolutions. Les roseaux pris dans les arabesques d’un tapis, ancien, tissé et érodé aux franges. Les couleurs rares remontées du magma dessous. Les nappes vertes en mouvements, en plantes mousseuses, en sas d’herbes, en barrages flottants troués soudain par un bec d’animal, un bouillonnement.
Il a les commémorations, les centaines de photos non développées. Des soldats piquetés de blanc prennent la pose, joues effacées, ils sourient à un spectateur pas encore prêt. Une montre à leur poignet, mais quelle heure est-il, ou c’est toutes les heures aux poignets de tout le monde.
Sur le front d’un masque Taschtik, des arabesques peintes en rouge sombre, en beige, cachent quelques cheveux, ce qu’on devine d’un crâne – le dessous de la terre ne se voit pas du ciel –, ce que le sable entoure, interrompt ou protège.
Il y a des voyages de purification. On s’interrompt et on est dévasté par la vue d’un graffiti, d’une chaîne scellée au cœur d’un mur, on sort respirer l’air. Le calme vient, on a fait son travail de tristesse insoutenue, on peut rentrer chez soi. Les branches sont les mêmes qu’avant. Depuis le ciel, on voit bien que les champs ont repris, que les arbres ont repris. Il y a des cercles, cheminées ou silos, coupés en trois, le symbole de la paix, qu’est-ce qu’il fait là. À l’ouest, d’autres champs recouverts de caillasse sont piquetés, comme les hommes sur la photo. Gauguin peint un village sous la neige.
C’est comme faire un bouquet. On dit une composition florale pour marquer l’élégance, mais ce qui sert à l’assemblage se ramasse par terre. Partout. Parterres sans distinction. Une guirlande usagée, une relique, un filtre de masque à gaz, des ordures. Une composition florale. Parrhasios peint un rideau, il compose derrière.
Elle roule pour rejoindre la mer. Passe rapidement sur l’excipient, le goudron scarifié, les couvercles de poubelles. Au-dessus d’un portail un lion, une sphère sous la patte. Une cigale émaillée collée à un pilier. La baie juste derrière. Les volets sont fermés, les vérandas renvoient des reflets d’escaliers sans ouvertures. On prouve, grâce au calcul des champs de forces et des perturbations, qu’il y a des planètes invisibles plus grandes que le système solaire et des lunes plus petites qu’un claquement de doigt.


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