"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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TENTATIVES DU MOMENT //

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journalier 23 12 15 / arrière-plan

mercredi 23 décembre 2015, par Christine Jeanney



- cette histoire de danger, de se mettre en danger, de quitter sa zone de confort
- parfois le piège, comme un tapis sous ses pieds, tiré, et on peut tomber dans le rien. Ou on devient bavard pour masquer le vertige, pour rembourrer le creux là au fond de la fosse, histoire d’avoir moins mal pendant qu’on tombe – on est sûr de tomber – mais c’est également très possible de tomber et de bavarder en n’ayant rien à dire
- ou alors, de se mettre en danger ça n’est pas le problème, parce que ce n’est pas un but en soi. N’est pas gratuit, mais le passage obligatoire pour dire, effet boomerang, dire le danger du monde
- le danger du monde qu’il faut dire. Peut-être plus simple lorsqu’on est soi-même en déséquilibre, sinon ce serait falot et sans substance dit confortablement. Peut-être qu’il faut que les mots tremblent tout en passant par soi, en soi, en surgissant
- et puis il faudrait éviter de se regarder tomber, de se penser au lieu d’agir (ce que je rate complètement ici, tant pis, c’est peut-être un ratage nécessaire)
- agir, dire, se lancer en quittant sa zone de confort, mise en danger et voilà revenu le point de départ. Peut-être ça le pire obstacle, ce tour complet, cette révolution, la glissade qui ramène en bas de la pente, est-ce qu’on en a conscience ?
- ou alors, ces glissades répétées font sens, sont les preuves d’un combat malgré tout, indiquent que toutes les solutions sont bonnes à prendre
- comme dans Fenêtre sur cour, le personnage avec les yeux duquel on voit est alité, immobile – comme soi en bas de la pente – et il s’active dans un périmètre obscurci, observateur de structures existantes régies par des règles internes qui leur sont propres, évidentes quoique non formulées, le quadrillage des fenêtres et la vue sur les habitants, les principes de cause à effets qui paraissent s’en dégager frôlent la bordure de la folie, meurtre, suicide, retrouvailles improbables
- (comme dans la composition d’une fugue, "du nom de « fuga » (de fugere, « fuir » en latin) une composition entièrement fondée sur ce procédé : « fuir », parce que l’auditeur a l’impression que le thème de la fugue fuit d’une voix à l’autre, alors que cela demande une maitrise extrême des techniques d’écriture musicale", la construction produit un effet proprement inversé : une armature solide, un contexte cerné, la structure d’une cour intérieure avec ses verticales et ses horizontales finies, solides, provoque un sentiment de déperdition, de perte, d’échafaudage branlant, de chute, et il y en a une à la fin)
- il y a cette scène où Hitchcock tourne la clé de l’horloge dans l’appartement du pianiste, il parle et nous n’entendons rien – nous ne savons pas lire sur ses lèvres – c’est une parole imaginaire et inimaginable, un lieu flottant, un flou, coincé entre l’horloge du temps qu’Hitchcock semble maîtriser et le pianiste en pleine composition, comme si ce flou naissait de l’espace vacant entre deux structures fortes, le temps et la musique, tous deux des mécanismes de précision
- le contrôlé n’existe pas délesté de sa part de chaos (il faut tailler dans le texte, couper les scènes au montage, recadrer les photos)
- peut-être que c’est ce qui me frappe : cette minute fugitive de Fenêtre sur cour, comme une figure allégorique subliminale. Par/malgré/grâce à la maîtrise et au contrôle d’une structure complexe, le lieu de flou, déstructuré, inaudible, imaginaire et inimaginable, se voit. Se voit l’endroit de l’interrogation, le lieu où, peut-être, cette histoire de danger et de mise en danger navigue


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