"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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journalier 18 04 16 / "ça ne ressemble à rien"

lundi 18 avril 2016, par Christine Jeanney



- depuis hier : appel à textes (et autres productions) à la maison[s]témoin, les portes s’ouvrent et c’est très bien
- une vidéo vue ce matin (j’ai regardé parce que ça se passait dans ma région) et la question du qu’est-ce qui se passerait si on n’avait pas peur
ce qui se passe lorsque que c’est une caméra de surveillance qui filme, soi en surplomb d’une action pas toujours identifiable, à la fois à la place de dieu mais sans conscience de tout (comme lui est supposé l’avoir), et la scène non apprêtée, non préparée, sans cadrages ni travelling, presque image brute de narration
le côté hautement comique qui rappelle un peu les films de Charlot lorsqu’il envoie, sans qu’on l’anticipe, une brique sur la tête du policeman
le côté hautement effrayant (le danger, avec la présence du bébé au début), l’inquiétude de savoir que ce n’est pas un pistolet en chocolat (le scénario du carnage visible, comme en sous-titre, sous-texte, en sous-récit)
(comique et effrayant, selon Sherlock c’est donc grotesque) [1]
et ce que ça déclenche, penser à la folie ou au courage (ou les deux mélangés), penser aux gnous qui se rebiffent contre le lion (mais celui-ci bien maigrichon)(quoique potentiellement mortel)
et la phrase "un braquage, ça ne ressemble à rien"
comme si la force et le pouvoir des événements, leur sens, leurs conséquences, tenaient d’abord à ce qu’ils devaient ressembler à "quelque chose", à ce qu’on les identifie d’abord
comme si ce qui ne ressemble à rien pouvait se balayer facilement d’un coup de sac, comme on chasse un microbe dans un éternuement
- si cette équation se vérifie, c’est grotesque (à la fois déclenchant une réaction d’hilarité et tragique, réjouissant/inquiétant)
si ce à quoi nous ne prêtons aucun sens se retrouve balayé et dépourvu de conséquences, négligeable et risible, quelle arme fabuleuse contre les crève-cœurs, olibrius (ceux qui ne sont pas de bonnes personnes comme disait une vieille dame que je connaissais), les vampires, les casse-joie et autres tiques (avec tout le panel possible, du pénible de base au nuisible à l’humanité)
(on cesserait d’avoir peur ?)
mais une arme à double tranchant si c’est nous qu’on balaye, à nous qu’on ne trouve pas de sens, nous dont on ne comprend rien
(ce qui a lieu dans l’incompréhension médiatique n’existe pas)
(finalement, trouver du sens et exister seraient de parfaits synonymes ?)


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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)


[1"I suppose, Watson, we must look upon you as a man of letters," said he. "How do you define the word ’grotesque’ ?"
"Strange—remarkable," I suggested.
He shook his head at my definition.
"There is surely something more than that," said he ; "some underlying suggestion of the tragic and the terrible. If you cast your mind back to some of those narratives with which you have afflicted a long-suffering public, you will recognize how often the grotesque has deepened into the criminal"
The Adventure of Wisteria Lodge, Sir Arthur Conan Doyle

Messages

  • mais malgré qu’on en ait, l’inexpliqué, le banal quand il devient inquiétant d’être juste un peu étrange, serait perturbant s’il n’y avait pas cette étiquette de grotesque à lui apposer pour le désarmer.
    Avec l’inquiétude dont on se moque, et qui reste là, sournoise et dédaignée.
    Le grotesque est toujours un peu inquiétant, banalement inquiétant

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