"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

TEXTES

TENTATIVES DU MOMENT //

[journalier]

journalier 06 09 16 / "pour"

mardi 6 septembre 2016, par Christine Jeanney



- je commence à reprendre goût au travail sur le site, goût à la (re)possession de cet espace, et c’est concret
(j’avais perdu ce goût en écrivant y.o.d.l.t.( je devais me mettre à l’écart, mais de quoi, je ne sais pas) et il revient en ce moment, avec l’écriture des petites cosmogonies )
- ça a quelque chose à voir avec le temps,
le temps passé, le temps utilisé
c’est peut-être la première fois où je ne me demande pas à l’avance ce que pourrait devenir mon projet d’écriture, que je ne cherche pas une sorte de "ligne d’arrivée" qui ferait point de mire
cette fois-ci ça n’a pas d’importance, il n’y a pas de but, pas d’intention
c’est l’écrire de l’instant dans l’instant,
le devenir est déjà "dans la boîte" puisque déjà en soi, sur le site ou dans le prolongement du texte commencé la veille, dans les ajouts qui viennent se greffer, les objets vus, ramenés, envisagés, une sensation neuve, un goût du "pour" (qui viendrait s’opposer au contre, un "pour" en positif)
le faire / l’écrire "pour"
pour soi, pour façonner, construire et emprunter d’autres chemins, comme un renouvellement, ce "pour", une expérience à tenter, comme un déplacement pour
(une nouvelle destination)
- le goût du site revient et bizarrement il est concret, il ne se limite pas au virtuel de pensées assemblées, c’est manuellement que viennent les petites cosmogonies, elles sont palpables, dans l’écriture d’elles et dans le façonnage d’elles
- alors ce n’est pas par hasard si pratiquement un jour sur deux j’écris et pratiquement un jour sur deux je façonne, parce que je fais dans les deux cas la même chose
- ce qui est bien avec le temps du façonnage c’est qu’il montre de façon visible le temps de l’attente, le temps du séchage, le temps du vernis, le temps de l’appropriation, le temps de la confection, le temps de la préparation, le temps de la modification, le temps de l’acceptation, tous ces temps nécessaires qui existent aussi en écriture mais ne sont pas visibles à l’œil nu
- du coup, je constate que l’importance du temps dans ce que je fais est énorme (non pas du temps passé, ou qui file, mais du temps présent au moment où il se vit)
et c’est ironique, parce que je n’écris pas explicitement le temps, et je ne façonne pas explicitement des formes qui disent le temps, et pourtant ce serait lui, omniprésent, lui en gros plan
(le temps est un organisme assez envahissant) (un poil moqueur)
- et aussi je constate que la violence, tout autour (ce monde en ce moment avec ses crasses, sa violence visible, sa violence constatée), est là, en sous-texte, mâchée dans ce que j’écris, mâchée dans ce que je façonne, écrire dans ce temps-là, explicitement présent, c’est aussi écrire avec des coups sur la tête qui pleuvent, le déséquilibre entre en soi, comme un réflexe interne (et qu’est-ce qu’on fait des cris dedans quand on veut continuer à marcher)



(en logo de ce billet, une partie d’une photo d’Aris Messinis)

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

Messages

  • si heureuse pour toi
    si heureuse pour nous parce qu’en goûtons le fruit
    si heureuse pour moi en savourant (aime tout autant les cosmogonies façonnées, pour elles et pour le petit souvenir qu’elles me donnent de saveurs d’anciens Dubuffet)
    (et réellement, sincèrement, sans regret pour le fait de ressentir de moins en moins ce désir ou plaisir, ayant si peu à dire ou trop à refouler dans le magma sans couleur ni ossature)

  • non, mais faut y aller, juste y aller... Fonce Alphonse (on ne fait pas que suivre) (on avance aussi et on avance) (fonce...!!!)

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