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journalier 05 10 16 / coulisses de contrat & silences - tentatives

"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

EXPLORATIONS TEXTUELLES

EN COURS

[journalier]

journalier 05 10 16 / coulisses de contrat & silences

mercredi 5 octobre 2016, par Christine Jeanney



- il y a plus de 8 ans, j’écris un texte, je l’envoie à un (petit) éditeur (parce que je ne me sens pas à la hauteur pour un grand) et hop, l’affaire et faite, je signe tout ce qu’on veut sans trop y regarder, c’est la joie. La joie parce qu’à l’époque je commence à écrire, je sens que c’est quelque chose d’important pour moi, et même central, et la suite logique voudrait que je devienne auteure, donc publiable, donc publiée. Un peu comme dans la soupe à l’oignon on ajoute des oignons, cette logique-là. Je ne me pose pas trop de questions. Ça ne me vient pas à l’idée qu’on puisse écrire sans ce support concret qui passe par des mécanismes rodés qui pré-existent. Le droit d’auteur, je n’ai pas d’avis. C’est un peu flou. Je sens bien que je ne suis pas compétente. Un peu comme à la banque, les prêts, les pourcentages, je comprends à moitié, je ne saisis pas ce qui est le plus avantageux, ou le moins, c’est compliqué.
- il y a une semaine, je ne sais pas pourquoi (mystère), je repense à ce texte. Il n’est plus lu depuis belle lurette. Plus aucun exemplaire vendu, aucune présence nulle part (il est vieux maintenant), sauf un seul sur une étagère dans mon salon.
- je l’ouvre (jamais ouvert depuis 8 ans) et je commence à lire, c’est maladroit, mal fagoté mais touchant aussi, il y a deux ou trois personnages que j’aimais bien, que je sentais "proches". Je pourrais tout reprendre, tranquillement, facilement, simplement. Déjà enlever les 170 points-virgules qu’on m’avait demandé d’ajouter (un stock à écouler ?) et réhabiliter des phrases raturées qui me plaisaient pourtant (j’avais finalement accepté à force, par usure) (et puis j’étais quand même en joie en ce temps-là, ça me semblait être des compromis un peu grr mais acceptables). Reprendre pour donner plus de (texture, lumière, creuser ?) je ne sais pas mais, ce texte le mériterait, peut-être que je lui dois ça, je ne sais pas, c’est compliqué, affectif et concret en même temps, c’est comme un dialogue repris, avec des notions, des questions identiques, que je me pose encore. Je ne veux pas tout transformer, il y a certains passages que j’aime, tels qu’ils sont, qui sonnent comme ils doivent sonner, au bon endroit
- le bon endroit, c’est rien, et les passages que j’aime, même s’ils sonnaient parfaitement juste, sonneront dans rien : je ne peux pas "reprendre ce texte", j’ai signé un contrat, ce texte n’est plus à moi (je ne l’avais pas compris)
- pour reprendre mes droits il faut le demander à l’éditeur : il refuse
- alors, il faut attendre 70 ans après ma mort (c’est long et mal commode)
- prouver que le livre n’est plus fabriqué (l’éditeur peut en garder deux dans un carton, ce sera non)
- attendre que la maison d’édition coule (je ne suis pas vindicative, et les cérémonies vaudou demandent pas mal de matériel, ça me fatigue d’égorger un coq blanc au demeurant fort sympathique)
- je n’ai pas non plus le droit de modifier le titre ou de reprendre certains passages dans un autre ouvrage sans l’accord de cet éditeur (j’ai demandé mais...) (et si je désire une ré-édition, ce sera à mes frais) (il faudrait donc que je revende les écuries et mes vignobles, plus les quelques hectares que je possède à Monaco, c’est embêtant)
- j’ai aussi signé pour les droits autres (autres supports, retransmission par câbles, ainsi que tout support audiovisuel, magnétique, optique et numérique) (c’est bête non ?)
- surtout que le texte actuellement n’est pas diffusé de la sorte (il n’existe que sur papier) (enfin "existe", ce n’est pas le bon verbe) (il non-existe uniquement sous format papier, donc)
- j’ai demandé la résiliation de ce contrat-là, le "numérique" il y a 5 jours, et je n’ai pas de réponse (logique, je suis dans la position du vassal, ça ne mange pas de pain de faire durer, c’est toujours une satisfaction de pouvoir humilier l’air de rien) (j’attends quand même sans désespérer, je suis d’un optimisme indéfectible convoité par de grands organismes comme la NASA).
- tout ça c’est des bricoles, ça n’a pas d’importance, ce texte remanié personne ne l’attend (c’est anodin, minime, un truc gentiment mélancolique, j’ai sous-titré "léger roman")
- et je peux vivre sans, heureusement (j’ai beau passer l’intégralité de mon temps dans le lirécrire, ce n’est pas ça qui remplit mon assiette, j’ai la chance de voir arriver des nouilles quand même)
- et puis quelle idée aussi de vouloir faire les choses dans les clous, légalement, de signer légalement le droit au silence à perpet’ pour trois personnages que j’aimais, Gloria, Lucien, Édouard (c’est pourtant comme un petit deuil de prendre acte de ce qui s’éteint)
- en tout cas, le pourquoi m’échappe : pourquoi garder les droits d’un texte qui ne se vend pas, et qui ne se vendra pas (sauf si je devenais célèbre un jour, si, par exemple, je revends à la NASA ma recette d’optimisme) (et pourquoi pas le PositivNobelPrice) (je vais spoiler mais mon discours de Stockholm commencera par Hallå et finira par tack)
- voilà, c’était le journalier des coulisses de l’exploit, ou plutôt des coulisses des contrats qu’il faut lire avec l’expérience, en sachant que dans certaines lignes des silences sont incorporés
(en attendant, j’ai enlevé ce livre de ma bibliographie)
(silence retour)

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