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journalier 08 10 17 / expo - tentatives

"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

TEXTES

TENTATIVES DU MOMENT //

[journalier]

journalier 08 10 17 / expo

dimanche 8 octobre 2017, par Christine Jeanney



- j’ai déposé mes cartons dans les rues – ce que je fais chaque mois, une sorte de happening street art où je m’autorise à ne pas taguer les murs, mais où je laisse une trace, un cadeau de carton entouré d’une notice qui dit que c’est gratuit
- je pars en laissant chacun de mes cartons (8) sur un banc (8 bancs). Le plus souvent je ne me retourne pas pour regarder, même si j’ai bien repéré que quelqu’un va passer – une mère avec un enfant sur trottinette, un couple d’anglais, un adolescent casque sur les oreilles, ça passe sans interruption ici
- il y a beaucoup de monde, aussi à cause de l’exposition, une promenade du dimanche autour de ce grand monument, et, quelle chance, on entre sous un porche, voilà des photographies géantes, les familles, les touristes sont là, ils lisent les légendes qui parlent de Boko Haram, de jambes coupées et de terres oubliées au fond de marécages, de puissantes sorcelleries qui protégeront les soldats, les rendant invincibles aux balles, d’enfants qui fêtent leur anniversaire dans un camp de réfugiés ou traînent une chèvre par son licol
- mes cartons sont anecdotiques face à tout cela, mais nous aussi nous sommes anecdotiques avec nos pas de promeneurs (je me disais). Et puis un enfant, blouson rouge, cheveux bouclés, il part en avant, sa grand-mère le retient, lui montre la chèvre, lui dit que petite elle lui donnait le biberon. « Bababam répond l’enfant. C’est beau, bababam ! » (il voit la mitrailleuse, le jeune soldat) « C’est beau la guerre ! Tu viens ? » Il appelle la grand-mère pour qu’elle l’aide à monter l’escalier. Pendant qu’il passe derrière moi, je reste bien immobile, tentant d’élargir ma silhouette le plus possible, à cause de la photo géante avec les corps brûlés, j’espère qu’il ne les a pas vu, je veux faire paravent. C’est beau la guerre, il répète, mais personne ne lui répond, ni ne lui explique quoi que ce soit qui pourrait faire sens, je ne sais pas quel paravent, quel parachute il faudrait, pour empêcher le dérisoire de nous étreindre, de nous fondre dessus et faire fondre avec nous l’intime certitude que quelque chose nous manque, quelque chose qui passerait par des verbes aussi simples qu’écouter ou voir


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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

Messages

  • on peut espérer qu’un enfant a une telle vitalité en lui que cela ne soit, rapidement, qu’une trace, à vrai dire une petite cicatrice qu’il gardera toute sa vie, qui fera une petite partie muette de sa personnalité (d’après quelques amis qui ont rencontré la violence brute dans leur enfance, ou, en mineur, d’après nous et les amis morts dans les guerres coloniales de la France)

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